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Je me souviensPendant soixante-quatre ans, Boris Cyrulnik a tu, s’est tu à lui-même, son histoire d’orphelin de guerre, d’enfant caché puis placé en familles d’accueil. Il avait six ans lorsque la police française- et non la Gestapo- est venue arrêter sa mère.
Un ami l’emmène sur la traces de son passé, et Cyrulnik se souvient. Le plus extraordinaire n’est pas le récit de cet enfant sauvé mais le pourquoi il a été sauvé. C’est que, sans le savoir, le petit Boris fait déjà de la résilience, de la résistance. Espiègle, rebelle mais créatif, son instinct de survie lui permet d’enjamber le malheur, de se dire « ils ne m’auront jamais. » A l’évocation de son étonnant parcours, ce n’est pas l’émotion qui lui monte aux lèvres mais des images, des mots, des détails captés par un regard d’enfant et auquel il s’est arrimé pour se construire. Un grand petit livre.

Boris Cyrulnik : Je me souviens, L’esprit du Temps, €9.50.

MusicophiliaLe neurologue Oliver Sacks, auteur entre autres de « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », revient avec cet ouvrage sur les arcanes du cerveau, sur la mémoire du corps par le biais de l’étrange langage de la musique. Se basant sur ses observations cliniques et le vécu de ses patients, il explore notre dimension musicale, excentrée, inventée, non prévue par la nature, que l’homme seul a pu développer au même titre que l’art, l’humour, la conscience. Amnésiques devenus virtuoses, épileptiques ultra sensibles à certaines mélodies, handicapés mentaux mélomanes, musicologues soudain incapables de lire une partition sont au cœur de ce livre fascinant qui touche à la fois à la science qui tente d’expliquer et au mystère…

Oliver Sacks : Musicophilia : la musique, le cerveau et nous, traduit de l’anglais par Christian Cler, Seuil, 2009, 478p, €25

Les libraires s’interrogent. Confrontés à la difficile maîtrise d’une offre foisonnante et pléthorique, et d’une demande de plus en plus formatée, ils reprennent à leur compte cette déclaration de Marie-Rose Guarnieri de la librairie des Abbesses à Paris : A quoi bon maintenir vivant un réseau de librairies indépendantes qui constituent une exception culturelle dans le paysage mondial et même européen, si c’est pour peu à peu glisser vers une désubstantialisation de notre éthique et de notre pratique. Comme si nous devenions des libraires décoratifs, des pièces de musée d’un temps du livre qui n’est plus.

En même temps que ce mouvement de fond, lié au phénomène de concentration et au marketing éditorial, apparaissent d’autres enjeux, telles les nouvelles pratiques de lecture, de consommation et d’accès à l’information, entre autres par Internet.

Ces interrogations sont aussi celles des éditeurs indépendants. L’un d’eux a d’ailleurs récemment stigmatisé la difficulté qu’il rencontrait à être encore visible sur les tables des libraires, quand ceux-ci ne refusaient pas, tout simplement, de présenter ses livres à leur clientèle. Le terme de censure fut même prononcé. Bien des choses peuvent être dites, en réponse à cela. Parler du risque inhérent à toute politique éditoriale, ou encore de capacité de diffusion et de distribution. Certes, mais le questionnement est plus fort.

Quelle place ont encore les éditeurs et les libraires qui pensent par eux-mêmes , quelle que soit leur structure, répondant ainsi au joli mot d’indépendance ? Et si on parlait de ces autres instances de reconnaissance que constituent par exemple les médias et les critiques ? Et finalement si on parlait des lecteurs ?

Un petit livre vient d’être publié aux Editions Amsterdam : Lire et penser ensemble . Son auteur est en même temps son éditeur, Jérôme Vidal. Son propos fait écho au type de réflexions exprimées ici. Mais surtout, il ne se contente pas de gémir ni de dénoncer. La concentration est certainement au cour des processus à l’ouvre dans l’économie du livre. Mais il est possible de proposer à la discussion d’autres pistes d’interprétation. Il ne suffit pas de se proclamer éditeur ou libraire indépendant. Jérôme Vidal s’interroge sur la notion du désir aujourd’hui, le désir du lecteur, et sur les limites de notre puissance d’agir. Le débat est large. Il permet d’y analyser la manière dont se construit la production éditoriale, et notamment celle des manuels scolaires, mais aussi d’y voir des enjeux tels que « Google livres » et les modifications en cours non seulement dans la chaîne du livre, mais dans ce qu’on pourrait nommer, par extension, la chaîne du savoir. Et in fine la place de la culture critique nécessaire à la démocratie.

Jérôme Vidal : Lire et penser ensemble, Editions Amsterdam