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Fukushima

A la vue de cette petite plaquette qui ressemble par le format et le prix à « Indignez-vous ! », le premier réflexe est de se dire que décidément l’opportunisme éditorial ne connaît pas de limite. Impression vite démentie tant de ce texte traduit d’une belle plume, avec justesse et pudeur, le mélange de malaise et de honte qui nous a saisi face à la catastrophe de Fukushima. L’impression d’étrangeté, la dignité des Japonais, notre colère impuissante à les aider, Daniel De Roulet les traduit sous forme de lettre à une amie nippone, en se souvenant que les Japonais n’aiment guère qu’on se mêle de leurs malheurs. Ecrivain suisse, militant anti-nucléaire de la première heure, Daniel De Roulet nous confirme, si besoin était, que lorsque les oracles scientifiques échouent à nous éclairer, les poètes et les mythes traduisent eux parfaitement la démesure.

Daniel De Roulet : Tu n’as rien vu à Fukushima
Buchet Chastel, 2011, 2€

Si rien avait une forme, ce serait celaDans la phrase de Victor Hugo, « si rien avait une forme, ce serait cela » face à l’immensité d’un ciel, réel et pourtant diffus, aux contours fuyants, Annie Le Brun trouve l’exacte impression de ce qu’elle ressent devant la vanité diffuse de l’art actuel. Cette grande spécialiste de Sade, d’Hölderlin et de Bataille, sait ce que la transgression suppose de courage, de liberté, de révolte, d’idéal. Qu’en reste-t-il dans cette surenchère permanente de l’obscène, du choquant, du toujours plus ?
De la révolte, Annie Le Brun en a à revendre dans cet essai brillantissime, difficile, somptueusement écrit qui interroge avec force notre époque à la lumière de ce qu’elle produit. La technique, le concept, la mode, le consensuel l’ont emportés sur la nécessité, l’éblouissement, le surgissement premier, véritablement créateur et sensible. Et il y a de quoi s’en inquiéter.

Annie Lebrun : Si rien avait une forme, ce serait cela, Gallimard, 2010

De la fraudePhilosophe et scientifique, Henri Atlan évalue en grand érudit le principe de la fraude, du mensonge boursier que nous avons connus. De manière éclairante, il exhume les liens entre monnaie, langage et sacré. De tout temps, objets et paroles d’échanges ont été investis symboliquement, ainsi en hébreu Onaa signifie à la fois léser en argent et en parole. Le Talmud permet une fraude à raison de 1/6e, au-dessous le vendeur indélicat est pardonné, au-dessus, il y a faute mais si le vol est de 1/6e exactement, on discute. Henri Atlan interroge cette tolérance pour le demi-mensonge à la lumière de l’ethnologie, de la philosophie, de la théologie, et de la science. La démocratie permet les demi-vérités –quand les dictatures elles, ne produisent que le mensonge absolu- mais ne les mettent-elles aussi pas en péril ? La pureté biblique n’étant plus de ce monde, la Raison tenant désormais lieu de Loi, où mettre le seuil de tolérance ? Ne dit-on pas qu’il ne faut pas prendre certaines paroles pour argent comptant ?

Henri Atlan : De la fraude, le monde de l’ONAA, La Librairie du XXIème siècle (Seuil), 2010