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Le 14 octobre 2016, Eric Lammers et Caroline Lamarche


lammers-une-ame-plus-si-noireLe vendredi 14 octobre 2016 à 20h

Graffiti reçoit Eric Lammers en compagnie de Caroline Lamarche
à l'occasion de la publication aux Impressions nouvelles, du livre
Une âme plus si noire, Lettres de prison
préface de Caroline Lamarche

 Je dois vous dire que je suis condamné à mort et ne suis pas considéré comme une personne bien recommandable. Je suis passé deux fois aux assises pour quatre assassinats différents… Il n’y a pas que des meurtres, il y a aussi des vols de tableaux, de camions de cigarettes, de diamants, d’argent… À quarante ans pile, j’ai vécu seize ans et six mois derrière les fers, sous les barreaux, sans un congé ni une sortie, rien, dont sept ans en régime strict et près de cinq en isolation complète.

Il a donc passé près de dix-sept années derrière les barreaux, dont quelques-unes en isolement total. Il est vrai qu'il fut un truand redouté, un criminel violent, figure du grand banditisme dans les années 1980, par ailleurs compagnon de l'extrême-droite. Rien pour plaire... La grande question est de savoir si, après un tel parcours, une rémission est possible. Lorsqu'on est censé avoir payé sa dette à la société, peut-on s'y réinsérer ? Et quel regard attendre des autres ?
Le chemin emprunté par Eric Lammers est singulier. En prison, il est devenu un lecteur boulimique. Et ce fou de lecture s'est en plus mis à l'écriture, dont il a voulu qu'elle devienne sa raison de vivre, et qui l'a transformé. Dans cet exercice d'écriture, il s'est fait accompagner par une visiteuse de prison, qui est aussi une de nos grandes romancières. Durant deux années, ils se sont parlé par lettres interposées, dans lesquelles Lammers, prolifique, s'est révélé drôle, intelligent, émouvant, talentueux.
De ces échanges avec Caroline Lamarche, est née une pièce radiophonique diffusée par France Culture, L'âme et la viande, qui a mené à sa libération en 2002.
Et des lettres qu'elle a reçues, Caroline Lamarche a tiré ce livre Une âme plus si noire, titre où pointe une espérance.
La littérature peut-elle sauver ? Ce livre remarquable pourrait en témoigner.

C'est d'abord le texte qui nous a convaincu. Il n'est pas courant de lire les commentaires d'un taulard sur Agota Kristoff, Hubert Reeves, Frida Kahlo...Il n'est pascaroline-lamarche banal qu'un truand tente de remonter la pente par le biais de la littérature. Et il est important de lire ce qu'un homme enfermé durant des années dit de la nostalgie d'un monde que ses erreurs passées ont rendu inaccessible. La souffrance maximale d'être inutile au monde.
Du gros bras qui s'affiche au départ, on passe à tout autre chose, une armure qui s'amenuise, une empathie envers autrui qui se fait jour.
C'est aussi le parcours réalisé en compagnie de Caroline Lamarche, parcours à distance puisque toujours par lettres interposées. Elle dont Eric Lammers disait qu'elle semblait être une "femme libre", terme étonnant que Caroline elle-même utilise quand elle parle "d'un homme emprisonné qui, mystérieusement, était libre".
C'est enfin la double conviction que tout homme, toute femme, à moins de les condamner à mort, a droit à retrouver une place dans l'humanité.
C'est pas pour être reconnu que j'écris, ce qui me pousse est plus profond, quand j'imagine que pour la première fois je serais autre chose qu'un criminel.
Et qu'un homme qui le fait par l'écriture et la littérature, a sa place dans ce qu'une librairie peut représenter.

"Car vivre dans un monde
où nul n’est pardonné,
où la rédemption est refusée,
c’est comme vivre en enfer.”
Milan Kundera


Eric Lammers a aussi publié en 2015, un recueil de nouvelles sur la vie en prison "Une vie de...", paru aux Editions Weyrich.

Caroline Lamarche est une écrivaine belge d'expression française. Elle a passé sa petite enfance en Espagne et son enfance en région parisienne. Licenciée en philologie romane de l'Université de Liège, elle a enseigné à Liège et au Nigeria.. Remarquée dès ses premiers textes (prix Radio France internationale et prix de la Fureur de Lire pour ses premières nouvelles), elle a obtenu le prix Victor-Rossel pour son roman, Le jour du chien (Minuit, 1996).

 

Elle est l'auteur de six romans parus chez Spengler, Minuit et Gallimard, de poèmes, de nouvelles, de pièces radiophoniques pour France Culture et en Belgique et de textes pour la scène