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A toute berzingue, de Kenneth Cook

a-toute-berzingueLe titre est explicite, quoique le titre anglais le soit tout autant, Fear is the rider. Car il s'agit bien de cela : la peur, et une fuite éperdue à travers l'outback australien, dans une petite Honda qui n'a rien à faire dans la caillasse et le désert, pour échapper à un fou sanguinaire.

C'est la situation où se retrouvent Shaw et Katie, qui viennent à peine de se rencontrer, et qui se retrouvent, menacés de mort, dans la fournaise et la poussière de cette partie intérieure du continent australien où l'on ne s'aventure pas sans se voir intimer l'ordre "de ne jamais abandonner son véhicule", sous peine de mourir dans les deux jours. De soif et de chaleur. 
Suspense garanti. Guère de psychologie dans ce livre haletant, où l'on joue avec les nerfs du lecteur ; on n'a pas de temps à perdre si l'on veut survivre à cette chasse à l'homme, et à la peur d'être englouti dans l'outback, décrit d'ailleurs magnifiquement par Douglas Kennedy, qui préface ce roman posthume d'un auteur connu pour ce livre culte qu'est Cinq matins de trop.
Suspense garanti, on vous le dit.


Kenneth Cook : A toute berzingue, traduit de l'anglais (Australie) par Mireille Vignol, Autrement, 2016, 230p.

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Viens avec moi, de Castel Freeman Jr

viens-avec-moi-freemanDélicieux non-sens pour ce roman noir américain qui élève au rang de braves, une corporation de tire-au-flanc. Il fut un temps où ils étaient bûcherons, menuisiers, ouvriers avant que la crise ne passe par là et qu'ils ne fassent de l'ancienne scierie le bar des paumés. C'est là que déboule une jolie trentenaire, envoyée par le courageux shérif qui se débine en ayant l'air de rendre service. Blackwell, son ancien adjoint vient d'exploser le pare-brise de la dame après lui avoir égorgé son chat. Manières délicates de la poursuivre de ses assiduités.
Ce Blackwell, terrorise ce bled du Vermont et à fait du passe-droit, de l'intimidation et du racket des spécialités locales. La donzelle n'entend pas se laisser faire, ni quitter le pays comme on le lui conseille. Et elle vient chercher de l'aide pour le faire bien comprendre au sus-nommé. Folle la guêpe mais pas givrée au point d'y aller seule. C'est donc avec un simplet baraqué comme un panzer et un sexagénaire perclus qu'elle ira.
Toute la saveur de ce polar est dans les dialogues dignes de ceux d'Audiard et le triomphe de l'absurde d'une croisade de déclassés magnifiques, marginaux, faibles et vieux, tous résistants à la cupidité, la brutalité et l'impunité. Des personnages hauts en couleurs pour un régal de lecture adapté au cinéma et bientôt sur les écrans avec Anthony Hopkins.

Castel Freeman Jr : Viens avec moi, Sonatine, 2016

 

 

 
Penser encore, sur Spinoza et autres sujets, de Marcel Conche

penser-encore-concheDès l'enfance, alors qu'il gardait les vaches dans la ferme paternelle, il sut que la vie était au bout du chemin et qu'il devait s'y engager. Ce qu'il fait depuis 94 ans en voyageant dans les textes en compagnie d'Aristote, d'Héraclite, Lao-Tseu, de Montaigne, de Spinoza et de quelques autres.

Et comme eux, remettant sans cesse sur le métier du vivre une métaphysique en mouvement, Marcel Conche interroge, la mort, le temps, le destin, le choix, la nature, l'athéisme, la liberté, le hasard... Il y revient dans cette série de réflexions pour lui-même, et pour nous, avec une intelligence, une vivacité et une détermination sans faille. « Penser encore », sont de passionnants exercices de philosophie, écrits dans une langue simple qui invite à la méditation personnelle, tant ils sont habités par cette quête farouche de la vérité de la réalité. La vérité, en toute chose est son Graal et il la poursuit sans faiblir, et sans démonstration, armé d'une sagesse authentique, sans posture, vécue au quotidien, qui ne craint pas de se confronter à ses propres limites et à celle de la connaissance, aux sciences, à l'amour qui déstabilise. Toutes choses qui ouvrent un champ des possibles et oblige à affiner sa propre vérité, en se gardant des modes, des leurres et des passions funestes.

Marcel Conche : Penser encore, sur Spinoza et autres sujets, Encre Marine, 2015

 
Hiver, de Christopher Nicholson

hiver-nicholson-christopherDans le brouillard de la campagne anglaise, notre attention est attirée par une maison dissimulée par de hauts arbres humides. Là, vit un vieil et célèbre écrivain: Thomas Hardy et sa seconde épouse. Il a 84 ans, elle en a quarante de moins. Elle maudit ces arbres qui minent son moral et sa santé. Lui, les adorent et y sent l’aura de présences païennes. L'auteur de Tess d'Uberville est un être libre, son talent secoue le provincialisme conservateur, la religion, les codes sociaux mais il n’ose affronter sa femme. C’est que son registre est moins l’intendance domestique que le lyrisme puissant qui emporte les cœurs et secoue les âmes, y compris la sienne, bouleversée par une jeune comédienne amateur qui interprète Tess. Hasard qui ne le laisse pas indifférent, elle est la fille de la jeune fermière qui inspira son personnage.

Christopher Nicholson n’invente rien, sa biographie romancée entre de plain-pied dans les paradoxes de Thomas Hardiy, chantre de l’émancipation, vivant reclus dans un univers confiné et prudent. Pour nous lecteurs, ce roman-vrai du désir brûlant, est un ravissement complet, tant la finesse du style, le rendu de la nature, et le portrait de la fin de vie de Hardy, entouré de ces deux figures féminines, est subtil.

Trois voix s’expriment ici, celle de l’épouse, celle du poète et celle de la muse. Trois désirs de vivre et trois renoncements. L’épouse est devenue invisible aux yeux de l’écrivain, qui vit passionnément par l’écrit ce que l’âge et le confort conjugal lui interdisent, tandis que l’aspirante comédienne, assiégée par la jalousie de Madame Harding renoncera à une carrière prometteuse. Des passions contrariées qui implosent dans un roman brillant, raffiné et somptueusement écrit.

Christopher Nicholson : Hiver, traduit de l'anglais par Lucien d'Azay, Quai Voltaire, 2016, 304p.


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Gloire tardive, d'Arthur Schnitzler

gloire-tardive-schnitzlerRetrouvé dans les manuscrits sauvés du nazisme et envoyés à Cambridge, cet inédit de Schnitzler est tout à fait emblématique d'une oeuvre brillante que Freud admirait beaucoup, pour cette approche du fantasme et du désir contrarié. Ce court roman de l’auteur de « La Ronde », nous plonge dans la vie des cafés littéraires que fréquentait Schnitzler, avec d’autres grandes plumes. Il met en scène un vieux Monsieur qui jadis commit des poèmes, découverts chez un bouquiniste par un aspirant jeune écrivain. Croyant trouver en cet anonyme du XXème siècle le marche-pied de la gloire, celui-ci lui donne du Cher Maître et le convie à rejoindre son très confidentiel cercle artistique.
Nous sommes dans la Vienne fin de siècle, celle de Klimt, d'Egon Schiele, de Mahler. Il y a là une jeunesse qui trépigne à trouver sa place au sein d'une société bourgeoise qui ne lui en fait aucune. Le vieil homme, qui avait oublié ses poèmes rosit évidemment de plaisir à se voir célébré. Lui, qui a eu une existence de fonctionnaire tranquille, sent soudain monter l'impétueuse nécessité d'être reconnu. Schnitzler écrit-cela alors qu’il est lui-même au début de sa carrière littéraire mais il voit le cynisme, l'égoïsme, la vanité de ceux qui entendent se servir de l'art et non pas le servir. On trouve ici la comédienne ratée, le critique acerbe, l'écrivaillon prétentieux, tous des génies incompris et méprisants. Mais ce ne serait pas Schnitzler si derrière le grotesque il n'y avait ce poignant et légitime besoin d'exister. Et pourtant que nous-dit-il? Par une pirouette finale, qu'il s'adresse peut-être à lui-même, il nous dit peut-être, que le seul vrai talent est celui du vivre lucidement. Là seule, est l’unique, la vraie gloire.

Arthur Schnitzler : Gloire tardive, inédit traduit de l'allemard par Bernard Kreiss, Albin Michel, 2016.

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