Le blog de la librairie Graffiti. Nos lectures, notices et critiques en littérature étrangère.

Littérature étrangère
La Guerre des saints, M. Murgia

Sardaigne. Maurizio est un jeune garçon bien solitaire, dont les parents habitent un peu en dehors de la ville, ce qui l'isole de ses congénères. Hors la période des grandes vacances. L'enfant part alors pour le village de ses grands-parents, où se nouent les liens forts de l'amitié dans le jeu et dans l'aventure, ce "Nous" des pairs. Un "Nous" qui s'inscrit dans la communauté plus large de la petite ville, et notamment dans les histoires à moitié réelles et un peu effrayantes que transmettent les anciens. Un monde sarde que Murgia conte avec délicatesse.

Mais qu'advient-il lorsque un ambitieux curé veut l'installation d'un second clocher dans la petite paroisse? Rien moins qu'une nouvelle version de la guerre des boutons. Au-delà de la peinture provinciale, l'intérêt du texte réside donc aussi dans la description des mécanismes qui mènent à la désunion des villageois. Il y avait "Nous", puis il y a "Nous" et... "Eux" (ceux du second clocher). Ca va barder! 

 

La Guerre des saints, Seuil, 2013, 114 p., 15 euros.

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Wilderness, de Lance Weller

wildernessA l'heure où sort "Lincoln", le film de Steven Spielberg, un écrivain aussi aborde le thème de la Guerre de Sécession américaine.  Mais du point de vue des petits, des sans-grades.  Dans ce premier roman, Lance Weller nous raconte la vie de Abel Truman, un ancien soldat blanc, engagé un peu par hasard dans le camp des futurs vainqueurs. Il a traversé la guerre tant bien que mal et ne s'en est jamais vraiment remis. Il vit seul, éloigné de toute civilisation, dans une vieille cabane, avec un vieux chien tout aussi mal en point que son maître. Son dernier voyage, une quête désespérée à travers les forêts gelées du Nord-Ouest des Etats-Unis lui permettra de trouver une sorte de paix bien méritée.

La petite histoire veut que Lance Weller lui-même vive dans une vieille bicoque perdue dans la nature et l'on sent, en effet, dans le quotidien de son narrateur, l'importance de cette force supérieure, magnifique mais implacable. Qui peut sauver ou anéantir. A travers un texte dur, âpre et dérangeant et surtout, un beau souffle romanesque, Weller montre bien que la guerre ne finit jamais dans le coeur des hommes ni dans leur corps, même aux Etats-Unis, longtemps avant les guerres d'Irak et d'Afghanistan.


Encore un auteur à suivre chez les excellentes éditions Gallmeister.

 

Lance Weller : Wilderness, roman traduit de l'Anglais par François Happe, Gallmeister, 2013

 
Une fille, qui danse de Julian Barnes

julian barnes une fillequidanseCe n’est pas la chanson de Léo Ferré qui donne son titre au nouveau roman de Julian Barnes, mais le souvenir des vingt ans du narrateur. A l’époque, il était amoureux d’une jolie fille, intrigante, avec laquelle il flirtait un peu, comme on pouvait le faire au début des années soixante, entre désir et retenue. Il rêvait, comme ses camarades d’Université, à une vie qui rivalise avec le Grand Art. L’amour, le destin avaient pour eux une majuscule. Et puis, l’un d’eux, le plus brillant s’est suicidé, en plein bonheur, en plein succès, et le narrateur de Julian Barnes a préféré y voir un acte philosophique, enviable presque par sa grandeur. Aujourd’hui à la retraite, satisfait d’une vie qui lui a fichu la paix, il songe à ces années-là, ou plutôt une lettre oubliée lui remet sous le nez le jeune homme qu’il était. Pas aussi bien qu’il a voulu nous le dire jusqu’ici… Julian Barnes épouse totalement le point de vue de son personnage, un homme quelconque, que l’on suit douillettement dans l’évocation de ce qu’il fut, jusqu’à cette lettre. Ignoble.

Va-t-il reconsidérer toute son existence à la lumière de cette vérité-là ou la ranger posément dans son passé, comme il a toujours fait ? Sous le banal d’une vie ordinaire, Julian Barnes excelle à parler du temps, du choix, de la responsabilité, et des mensonges qu’on se raconte, sur soi-même.

Julian Barnes : Une fille qui danse, roman traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 2012.

 
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