Le blog de la librairie Graffiti. Nos lectures, notices et critiques en littérature étrangère.

Littérature étrangère
La lumière des étoiles mortes, de John Banville

 

banvillelumireetoiles-mortesLes critiques comparent John Banville à Nabokov, et ils ont raison. Il y a chez cet auteur, un style, une ironie, une finesse et une culture d'une rare élégance. Sans cesse, il explore la mémoire et ce qui, du passé, résonne dans le présent, enjolive ou fait mentir le souvenir.
Le narrateur, un vieil acteur, évoque pour lui seul son initiation sexuelle, à quinze ans, par une femme qui avait l'âge de sa mère, et le miroitement des détails qui lui reviennent. Confusion des sentiments, qui éclaire ce qu'il n'avait pas vu. Parallèlement, on lui demande de jouer le rôle d'un avatar du belge Paul De Man, critique littéraire structuraliste, ami de Derrida, dont on a découvert après sa mort, les écrits antisémites. Un homme qui, peut-être, à joué un rôle dans la mort de sa fille...
Pénétré de mythologie grecque, John Banville, met en scène ses personnages et voit comment ils se débrouillent, sous l'oeil « des Dieux jaloux » de bonheur ou de leurs velléités.

John Banville : La lumière des étoiles mortes, traduit de l'anglais par Michèle Albaret-Maatsch,360p, Laffont 2014.

 
Goat Mountain, de David Vann

davidvanngoatDepuis l'écriture de « Sukkwan Island »,son premier roman traduit en français, David Vann s'extirpe de la violence de sa famille. « Goat Mountain »  y revient.
L'enfant qu'il était, transfiguré par ses récits, est tué ou se fait meurtrier, le corps pris dans la glace de l'Alaska paternelle, ou la fournaise californienne, maternelle. Chaque phrase, longue ou brève, est pénétrée de l'urgence à dire, et au plus juste, la tragédie de cette existence, et le miracle d'avoir échappé à son destin.
Dans Goat Mountain, le narrateur revient à une partie de chasse au cerf avec son grand-père, son père, et un ami, et à l'absence de lien qui les relient. La crosse d'un fusil dans la main est tout ce qu'ils partagent. David Vann comprend qu'au-delà de la banalité du mal, et de la folie ordinaire de cette famille emblématique d'une certaine Amérique, résonnent les échos du chaudron primitif dont nous sommes issus. La narration de cette chasse en enfer, hallucinante, terrifiante, a la tenue et la portée d'un chant orphique. Dante n'est pas loin, le Styx étant ici une forêt pleine de serpents et de plantes vénéneuses, avec en écho, la malédiction qui nous poursuit, de
puis que Caïn tua son frère. Un roman et un auteur hors norme.

David Vann : Goat Mountain, traduit de l'nglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski, Gallmeister, 2014, 256p, 23€.

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Dans le grand cercle du monde, de Joseph Boyden

danslegrandcercledumondeboydenAprès « Le chemin des âmes » et « Les saisons de la solitude », l’auteur canadien anglophone revient sur les territoires indiens qu’il connaît bien. Descendant lui-même d’Indiens et d’Irlandais catholiques, il explore le rapprochement forcé de ces peuples qui n’ont jamais cessé de se méconnaître, jusqu’à hypothéquer encore aujourd’hui la vie du peuple amérindien. Cette fois, il remonte à l’année 1650. Hurons et Iroquois se livrent une guerre sans merci, qui trouve un relais chez les premiers arrivants Français. Le roman progresse autour d’un père jésuite, d’un chef Huron et de sa jeune captive Iroquois, des êtres magnifiques, que tout oppose et qui pourtant partagent sans le savoir les mêmes aspirations, des croyances proches et une même destinée. Brutalité rituelle, monologues intérieurs, poésie, richesse anthropologique, compose un roman somptueux sur un tragique malentendu, celui de l’Occident massacrant la haute culture de ceux qu’ils prenaient pour des sauvages.

Joseph Boyden : Dans le grand cercle du monde, traduit de l'anglais (Amérique) par Michel Lederer, Albin Michel, 2014, 608p.



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