Le blog de la librairie Graffiti. Nos lectures, notices et critiques en littérature étrangère.

Littérature étrangère
Les yeux fardés, de Lluis Llach

lluis-llach-les-yeux-fardesVoici un roman qui parle de liberté, celle des corps et celle des esprits, en un temps et un lieu où bien souvent on ne pouvait qu'en rêver. 
Ils sont quatre jeunes gens, deux filles et deux garçons, insouciants dans la Barcelone ouvrière d'avant la guerre d'Espagne, qui va faire basculer leur destin. Après les années d'enfance vécues dans une amitié fraternelle intense, puis dans l'éveil des sens, les uns et les autres vont tracer leur vie au gré de ce que leur laisse ou leur permet l'Histoire, c'est à dire la République fracassée, la guerre qui assassine et meurtrit, un pays mis en coupe par un régime aux couleurs brunes. Et au-delà de cette traversée chaotique, on découvre des esprits libres et une formidable histoire d'amour, mais d'un amour "maudit". Ce sont les garçons en effet qui porteront le plus loin cet appel des sens, comme une allégorie des aspirations du peuple catalan, ou même du peuple d'Espagne, à une liberté à venir. Au prix des désillusions inévitables en cette période de l'Histoire.
Chanteur espagnol d'expression catalane, Lluis Llach, qui connut l'exil sous l'époque franquiste, livre ici un roman (son premier roman) très fort, au ton parfois cru et réaliste, où l'on peut lire l'expression d'un rêve libertaire à travers son engagement pour la culture catalane, et sa résistance à la dictature.

Lluis Llach : Les yeux fardés, roman traduit du catalan par Serge Mestre, Actes Sud, 2015, 315p.


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Guerre et térébenthine, de Stefan Hertmans

guerre-et-terebenthineIl y a des livres qui, sitôt parus, sont appelés à devenir des classiques. Et parmi ceux-ci, Guerre et térébenthine de Stefan Hertmans, qui se pose en même temps comme un de ces grands textes que la Flandre apporte régulièrement à la littérature belge. Car son propos, qui raconte la vie de son grand-père, Urbain Martien, à partir de ses carnets retrouvés, épouse assez bien les contours de l'histoire belge du 20e siècle. La condition ouvrière et les premières luttes sociales, la présence forte d'une Eglise conservatrice, la Première guerre mondiale et ses clivages entre gens du peuple et une élite francophone ressentie comme arrogante, le siècle est dur pour les humbles. Il faut donc s'aider à vivre et l'homme est fier. Toujours tiré à quatre épingles, il s'adonne à la peinture, imitant les plus grands, Rubens, Rembrandt, négligeant les modernes peintres du dimanche que sont Van Gogh et consorts. Sans oublier l'amour infini porté à celle qui disparaîtra trop vite.
Guerre et térébenthine est à l'image de la culture et de la finesse de son auteur, qui ne cesse d'interroger la réalité par le prisme de l'art et de son histoire personnelle.
Nous l'avions déjà reçu chez Graffiti en 2005 pour parler avec lui de ses livres Entre villes, superbe promenade érudite et intelligente à travers les villes d'Europe et d'ailleurs, et Le paradoxe de Francisco, fait de poésies et de proses mêlées. Car Stefan Hertmans est un grand intellectuel, homme de culture complet, poète, romancier, nouvelliste, essayiste, homme de théâtre.
Il revient donc chez Graffiti le 2 décembre.
Déjà traduit dans une vingtaine de langues, Guerre et térébentine a reçu le prestigieux prix AKO aux pays-Bas.


Stefan Hertmans : Guerre et térébentine, traduit du néerlandais (Flandre) par Isabelle Rosselin, Gallimard 2015.

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J'ai vu un homme, de Owen Sheers

sheers-jai-vu-un-hommeMichael Turner vient de perdre sa femme Caroline, journaliste tuée au Pakistan par un drone américain piloté depuis le désert du Nevada. Dès lors, à quoi bon rester seul dans le cottage des Cornouailles ? Retour à Londres donc, et là, trouver réconfort et amitié chez un couple voisin. Mais pour qui fonctionne cette amitié, et jusqu'où peut-elle aller ? Alors que de l'autre côté de l'Atlantique, l'officier responsable du drone fait face à son erreur et sa culpabilité, prenant même contact avec Michael, le destin de celui-ci bascule une nouvelle fois. Basculement provoqué non plus par cette guerre lointaine qui ébranle un monde globalisé, mais plus prosaïquement par ce genre d'erreurs qu'on peut commettre de bonne foi, par maladresse et dont les conséquences sont imprévisibles. Plus de tranquillité après cela. Déni, mensonge à soi-même et aux autres, comment affronter cette fatalité qui vous tombe dessus et vous mène à trahir malgré vous ceux dont vous pensiez être l'ami sincère ?
J'ai vu un homme est le deuxième roman traduit du jeune auteur anglais Owen Sheers, et c'est redoutable de maîtrise. Roman contemporain, thriller psychologique, évocation de cet effet papillon qui veut qu'un geste effectué à 15.000 kms produise des effets jusque dans votre intimité, ceux qui aiment les romans anglais et plus précisément les livres de Ian McEwan, auquel l'éditeur compare Owen Sheers avec justesse, apprécieront. Une découverte.

Owen Sheers : J'ai vu un homme, roman traduit de l'anglais par Mathilde Bach, Editions Rivages 2015, 350p, € 21,50.

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