Le blog de la librairie Graffiti. Nos lectures, notices et critiques en littérature française.

Littérature française
Meursault contre enquête, de Kamel daoud

meursault-contre-enquêtePassé à un cheveu du Goncourt, ce roman vient de recevoir Le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, mais est aussi lauréat du Prix Liste Goncourt/Le choix de l'Orient décerné chaque année à Beyrouth. Bel hommage à la langue française, dans laquelle l’auteur algérien prend le relais du Camus de L’Etranger. Meursault y tuait l’Arabe, un anonyme auquel Kamel Daoud donne une identité et un frère. Dans un bar, à un interlocuteur prêt à l’écouter, il dit le poids de ce cadavre sur sa propre vie, l’injonction tacite à venger cette mort absurde, la spirale de la violence. Ce soliloque d’une rare intelligence, remarquablement construit, est traversé d’une multitude de thèmes, depuis la colonisation, jusqu’à l’Algérie d’aujourd’hui envahie cette fois par une islamisation qui colonise les esprits. Et si l’Algérie n’avait besoin de personne d’autre qu’elle-même pour se tirer dans le dos ?
Un livre remarquable, audacieux, qui porte la voix de l'autre, qui enfin prend la parole.

Kamel Daoud : Meursault, contre-enquête, Actes Sud / Barzakh, 2014, 153p.

Meursault, contre-enquête, a d'abord été publié en 2013 à Alger aux Editions Barzakh.

Le Prix Liste Goncourt / Le choix de l'Orient est organisé par l’Institut français du Liban et le Bureau Moyen-Orient de l'AUF. Il a été décerné le 2 novembre 2014 à Kamel Daoud. En 2013, c'est Sorj Chalandon qui l'avait reçu pour son roman "Le quatrième mur".

 

 
Vera, de Jean-Pierre Orban

vera-jean-pierre-orbanSur les listes des « rosselisables » (sélectionnés pour le Prix Rossel 2014), et déjà récompensé du Prix du Premier roman 2014, Vera mérite en effet d’être distingué. Dans un style à la fois poétique et sonore, traversé par différentes idiomes, ce roman interroge l’appartenance, l’identité, le poids de la langue maternelle dans l’édification d’une personnalité. Vera est fille d’immigrés italiens en Angleterre, dans les années 30. Ses parents parlent mal l’italien, et l’anglais plus mal encore. La petite fille va s’enflammer au verbe de Mussolini et tandis que son père docker rejoint les quais, elle se rêve aux côtés de la phalange entrant en Abyssinie, jusqu’à la désillusion et l’option d’une langue nouvelle, libre, non entachée, qui lui permettra de s’inventer.
Vera est un premier roman. Jean-Pierre Orban est belge et vit entre Bruxelles et Paris.

Jean-Pierre Orban : Vera, Mercure de France, 2014, 250p.

Au retour de Rome, quand j’ai aperçu la silhouette d’Augusto dans l’immense hall de la gare Victoria où il était venu m’accueillir, j’ai eu honte. Le train nous avait ramenés. Je ne peux le dire qu’ainsi. Au sens propre. Ce n’était plus nous qui nous emportions. Qui nous lancions vers l’avant comme à l’aller, les cheveux au vent, penchés par la fenêtre, la poussière me battant le visage, venue, on aurait dit, du sol de l’Éden. Le train nous ramenait. Tels des corps que l’on détachait de la terre offerte. On nous reconduisait dans le pays où nous vivions. Mais c’était quoi la vie ? Et c’était où ?

 
Le festin des morts, de Caroline Lamarche

festindesmortsIllustré magnifiquement par le dessin et les broderies de Aurélie William Levaux, ce poème de Caroline Lamarche se déplie et se replie pour tenir dans une enveloppe. Tout son univers est ici rassemblé, prolongé par le talent de l'illustratrice. Une comptine de la Toussaint qui passe de la douceur à la violence, du jeu de l'enfance à la célébration cannibale. Le poème de Caroline Lamarche, faussement candide, se décline comme une recette de cuisine délicieuse pour ce festin des morts à la fraîcheur vénéneuse, surprenant et séduisant comme un baiser glacé. Un magnifique objet-livre d'un éditeur liégeois, à offrir pour 10 euros.

Caroline Lamarche : Le festin des morts, Tétras-Lyre, 2014, 8p.

 
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