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Vendredi, 30 Septembre 2011 20:39 |
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Karen et moi, ou le chemin vers l'écriture de Nathalie Skowronek. Un premier roman formidable. Karen, c'est Karen Blixen, et son livre célèbre La ferme africaine, que Nathalie découvre à 11 ans, lors d'un voyage au Kenya avec ses parents, et qui depuis lors, l'accompagne dans son cheminement intérieur. On sait l'expérience africaine de la baronne Blixen, les dix-sept années passées au Kenya, à tenter la culture du café sur les hauteurs de Nairobi, et l'échec de l'entreprise. On sait aussi que, retournée dans son Danemark natal, elle se lança dans l'écriture sous le nom de Karen Dinesen. Mais toujours Karen se sentit tournée vers l'ailleurs, toujours en léger décalage, habitée de sentiments et de désirs dont l'écriture fut l'expression. Ce parcours, la narratrice de Karen et moi le vit en parallèle. Ecrire la vie de Karen Blixen, c'est mettre sa propre existence en miroir. Et lentement les liens se découvrent, entre Karen et Nathalie, c'est la mise au jour de ses propres aspirations, et c'est l'entrée en écriture... Ce n'est pas "Out of Africa", c'est beaucoup plus que cela, le récit d'une expérience intérieure marquée par la littérature. A lire par tous ceux que les livres et la littérature accompagnent dans leur vie. Nathalie Skowronek vit à Bruxelles.
Nathalie Skowronek : Karen et moi, Editions Arlea, 2011, 146p, 15€
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Lundi, 15 Août 2011 15:34 |
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Au lendemain du séisme qui a ravagé Haïti, Ursula Fanon retrouve Simon Madère, l'homme qu'elle a connu trente ans plus tôt. A l'heure où Port-au-Prince émerge des décombres, où les vivants et les fantômes se côtoient, Ursula parle, Ursula raconte à Simon -mais écoute-t-il vraiment ?- ce que fut sa vie depuis que tous deux, adolescents, rêvaient de quitter leur village Bois-de-Henne pour la capitale. En un long monologue d'un lyrisme violent, dense et musical, c'est la voix du peuple d'Haïti qu'on entend. On l'entend parce ce texte, d'une écriture superbe et trop rare, se lit comme on lit à voix haute, rappelant qu'il s'ancre dans une longue tradition d'oralité. Corps mêlés est un premier roman d'un jeune Haïtien de vingt-huit ans, artiste plasticien, manifestant une fois de plus toute la force de la littérature française, quand elle s'ouvre sur le monde.
Marvin Victor : Corps mêlés, Gallimard, 2011, 249p, €18,50.
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Lundi, 02 Mai 2011 16:11 |
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Maudit soit Dostoïevski associe un nom éternel des lettres russes à la première guerre d’Afghanistan, ce long conflit qui a opposé l'armée rouge aux moudjahidines. C’était déjà le cadre de deux romans réussis par Atiq Rahimi, grande figure afghane des lettres françaises ; le délicat Terre et cendres et le tour de force poético-narratif Syngué sabour (Goncourt 2008).
Ce nouveau roman, nettement plus long que ses prédécesseurs, s’ouvre sur une scène de barbarie annonçant la cruauté des premiers chapitres. En pleine zone de front, à Kaboul, on voit le jeune Rassoul assassiner une vieille femme chez elle. On comprend peu à peu que la victime a contraint à la prostitution la fiancée de son meurtrier. Bien que la charia légitime ce meurtre d’un maquerelle impure perpétré au nom de l’honneur familial, elle ne débarrasse pas son auteur d’un lancinant remord. À cause d’une sensibilité libertaire formée à la lecture de Crime et Châtiment, Rassoul éprouve un sentiment de culpabilité étranger au principe de vengeance de la justice islamiste. Ainsi apparaît le subtil enjeu de ce roman. Il s’agit précisément d’illustrer un conflit entre deux morales : celle du djihad, proclamant une justice variable en fonction de la religion et du sexe, et celle d’une sagesse coranique plus égalitaire, qui s’apparente paradoxalement au sentiment de justice développé dans l’œuvre littéraire d’un écrivain russe.
Dans ce nouveau roman, Atiq Rahimi exploite un contexte historique pour lequel il a déjà montré sa prédilection. Comme Syngué sabour, ce récit dépeint minutieusement la psychologie d’un seul être. Bien qu’il reprenne ces propos qui lui sont familiers, l’écrivain renouvelle totalement sa manière, notamment par le jeu des voix narratives. Le ton de Rahimi surprendra probablement ses lecteurs fidèles, mais ce qu’il perd en poésie et en vraisemblance, il le gagne en ampleur morale et en intensité dramatique. La capacité de renouvellement n’est-elle pas la qualité par laquelle se définit un véritable écrivain ?
Atiq Rahimi, Maudit soit Dostoïevski, P.O.L., mars 2011, 312 p.
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Mardi, 26 Avril 2011 00:00 |
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Dans une banlieue chaude, sur fond d'une tension perceptible, un homme se meurt en silence. A ses côtés sa femme, qui existe à peine et assiste impuissante au déclin de cet homme jadis puissant. Un enfant soudain pénètre dans cette atmosphère pesante et avec lui, un passé et une espérance, une vie, un devenir peut-être. C'est le printemps, un forsythia force la grisaille de son jaune éclatant, un merle fait son nid dans la haie, tout revit et pourtant... Sur un sujet difficile, Pascale Kramer battit un roman total, les images, les odeurs, les sensations, l'à -part soi, sont d'une justesse inouïes et composent une sorte de musique de chambre admirable. Chaque mot nous entre dans la chair et nous laisse ébranlé.
Pascale Kramer : Un homme ébranlé, Mercure de France
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Mercredi, 06 Avril 2011 00:00 |
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Un sale jour, Alice est passée de l'autre côté d'elle-même. Par-dessous sa robe légère, elle a senti une petite boule suspecte. Visa pour le pays du cancer. Lapin et blouses blanches, énigmatiques alambics, couperet menaçant de la Reine de coeur entraîne Alice dans un abominable qu'elle décide de rendre merveilleux. Lydia Flem déploie ici un charme, une féminité, une roublardise ludique, un duel à fleuret léger avec tout ce qui menace, retranche, angoisse. Au fil du récit, turbans, larmes, cartes à jouer, rires, sortent du chapeau de ce roman malicieux et pudique. Tout ce charme a mis en joue la maladie, qui s'est inclinée en disant bravo.
Lydia Flem : La Reine Alice, Editions du Seuil, Librairie du XXIe siècle.
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