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Vendredi, 17 Juin 2011 16:23 |
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Voilà un livre qui porte bien son nom !
Quel délice que de se glisser dans ses pages à la suite de Babo et de Sian. Lui est indien, né à Madras, et dans les premières pages du roman s'envole pour Londres poursuivre ses études ; elle est galloise, et Babo ne la connaît pas encore, mais cela ne saurait tarder... On ne dévoile rien en disant que leur coup de foudre sera aussi intense que définitif. Dès lors, le couple mixte qui finit par s'installer en Inde, devient le fil conducteur du texte. Babo et Sian sont de véritables "dénicheurs de plaisirs", traduction plus exacte du titre anglais initial. La première moitié du livre est de fait d'une grande gaieté : c'est la découverte de Londres par Babo, avec la triple interdiction de boire, manger de la viande et s'intéresser aux femmes ; c'est la rencontre avec Sian (la tentation est parfois trop forte!)... Le couple se construit, et l'histoire prend forme peu à peu, qui n'est rien d'autre qu'une chronique familiale, mais quelle chronique familiale! Car il y a Ba, la grand-mère un brin fantasque de Babo, toujours "entourée de plumes de paons et de lézards rouges" ; il y a aussi les nombreux personnages secondaires du roman, issus ou non de la famille, et tous traités avec talent. Enfin, et même si le roman se lit facilement (grâce à cela peut-être), il y a la prose impeccable, imagée et profonde de l'auteur.
Chapeau, Madame Doshi !
Tishani Doshi : Le plaisir ne saurait attendre, roman traduit de l'anglais (Inde) par Karine Lalechère, Buchet Chastel, 2011, 350p, €21,00
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Mardi, 26 Avril 2011 00:00 |
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Très remarqué à sa sortie en Angleterre, par l'Orange Prize, dans la catégorie des nouveaux auteurs, qui avait déjà révélé Zadie Smith, Rose Tremain et Barbara Kingsolver, « Saison de lumière » est un premier roman très abouti. Il emporte le lecteur du smog de Londres au soleil d'Espagne des années 50. Poussée dès l'enfance par une capacité à saisir par le trait les beautés du quotidien, une jeune peintre, vit dans l'ombre d'un mari artiste et flamboyant. Charge d'épouse, de mère, de femme s'estompent peu à peu sous les jaunes et les bleus d'un talent éclatant, lancé par le marché de l'art. On songe au Cadaques de Dali pour le décor, au tempérament d'une Frida Kahlo et aux abstractions frémissantes d'un Nicolas de Staël au feminin, dans ce portrait d'une peintre livrée au combat de la création d'elle-même.
Francesca Kay : Saison de lumière, Plon
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Mardi, 05 Avril 2011 13:30 |
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Après nous avoir permis de redécouvrir l'irrévérencieux Edgar Hilsenrath, ou encore Ramon Sender, la petite maison Attila nous entraîne sur les chemins de l'Amérique du Sud. L'auteur n'est cette fois pas un "ancien oublié", comme pour les deux précédents, mais un ancien (né dans les années 30 en Argentine), qui n'a jamais fait publier ses textes !
On ne peut pas s'empêcher de s'arrêter un instant sur l'objet. Attila a une nouvelle fois réalisé un travail soigné, en jouant exclusivement sur trois couleurs pour les dessins qui illustrent le livre : noir, blanc, mais aussi rouge. On retrouve ces teintes dans le corps même du texte, et sur la couverture. De la belle ouvrage !
Parlons enfin du propos. Palabres est une fable. C'est une fable sur la rencontre de deux mondes, sur le pouvoir également. Face à face deux peuplades, les Guardanais et les Farugios ; les premiers sont des industrieux, les seconds des paysans. Une simple question d'abord anodine, "Comment va?", les amène à se rencontrer, mais l'absurde s'en mêle, et la guerre n'est pas loin... Ajoutez à cela trois berlinois perdus dans la cambrousse, et si chacun tire la couverture à soi, c'est la zizanie assurée !
Un texte rythmé, inventif, et ô combien ironique, voici Palabres.
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Jeudi, 24 Février 2011 09:25 |
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Pas Sidney n’a pas eu de chance pour son prénom. Sa mère n’a rien trouvé de mieux que « Pas Sidney ». L’autre problème c’est que son nom de famille est Poitier. Autant dire qu’il a assez durement vécu ses jeunes années (vous imaginez dans la cour de récré). Par contre, son excentrique mère avait mis un sacré paquet d’argent de côté et, on a beau dire, ça aide, surtout quand on a un prénom pareil. Orphelin à 10 ans, il est recueilli par un milliardaire loufoque et élevé par une nounou féministe à grosses cuisses. Quand il décide de partir à la conquête de son identité, les ennuis commencent. Ce roman est un véritable petit bijou d’humour absurde (mais lisible), à l’opposé intersidéral de la production littéraire actuelle, atteinte de morosité ambiante aiguë. Percival Everett parvient à nous amuser sur un ton badin tout en passant à la moulinette les archétypes de la culture américaine. Le héros rate assez systématiquement ce qu’il entreprend, l’argent fait le bonheur et les riches sont fous mais sympas, les bonnes sœurs partent avec le premier porte-monnaie venu, les profs ne servent à rien, la famille n’est plus un noyau de sécurité mais la concentration de diverses névroses. Et les Noirs sont racistes aussi. Et tout ça sans en avoir l’air.
Percival Everett, Pas Sidney Poitier, Actes Sud, 2011.
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Dimanche, 14 Novembre 2010 20:29 |
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C'est un roman qui, dès sa parution au mois d'août, avait trouvé un excellent écho critique, et d'emblée l'intérêt des lecteurs. Venu de Finlande, gratifié déjà des prix littéraires les plus prestigieux de son pays, il vient de recevoir le Prix Femina étranger 2010, en même temps que le Grand Prix littéraire du Conseil nordique, émanant des cinq pays du Nord de l'Europe, et considéré comme un Nobel régional. Impressionnant, mais pas trop étonnant. Car Purge est vraiment un grand livre. Il débute en 1992, dans une Estonie qui vient de se libérer du joug soviétique, mais évidemment pas de son histoire et de ses pesanteurs. Une vieille femme, Aliide, recluse dans sa ferme, recueille chez elle, un peu contre son gré, une jeune fille, Zara. Mais celle-ci, qui fuit un compagnon proxénète, caricature de ces trafiquants de chair fraiche que la disparition du communisme a vu éclore, n'arrive pas chez Aliide par hasard. Et c'est toute la trame du livre qui en découle : une histoire particulière relie ces deux femmes, et cette histoire est aussi celle de l'Estonie depuis la seconde guerre mondiale. On a peine à imaginer la réalité que vivent les femmes et les hommes dans un pays occupé. La falsification du langage, la compromission, voire la collaboration, mais aussi pour certains le courage de résister et le risque permanent. Et malgré tout cela, la vie ordinaire et ses passions. Purge raconte aussi une terrible histoire d'amour.
Sofi Oksamen Purge, roman traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Editions Stock, 2010.
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