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Mardi, 18 Octobre 2011 04:57 |
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Emmanuel Todd est historien, anthropologue, et surtout spécialiste de la démographie. En 2007, il publiait un petit livre en collaboration avec Youssef Courbage, Le rendez-vous des civilisations, dans lequel il décrivait le puissant mouvement de convergence entre les civilisations qui se déploie sur la planète. Le "Choc des civilisations" n'aura pas lieu, disait-il. Du Maroc à l'Indonésie, de la Bosnie au Tchad et au Soudan, la lecture de la démographie en montre l'évidence, avec comme critères le taux d'alphabétisation, notamment chez les femmes, le taux de natalité, l'érosion de l'endogamie... Certes, les choses ne se passent pas partout de la même façon, ni surtout de façon linéaire, et bien des soubresauts attendent encore ces évolutions. Mais Todd y voit moins des obstacles à la modernisation que les symptômes de son accélération. C'est donc un autre regard qu'il jette sur le monde musulman et ses populations, poussant ainsi à reconsidérer la grande peur de l'Occident face à l'Islam.
Olivier Todd a toujours poussé ses réflexions et ses recherches de façon originale. Et sa clairvoyance s'est plusieurs fois manifestée, fondée sur son étude des relations familiales, qu'il a inlassablement recensées durant quarante années, sur toute la planète. En 1976, il annonçait la dislocation de l'Union soviétique, en se basant sur la mortalité infantile. Plus tard, c'est le déclin de l'empire américain qu'il annoncait, en montrant que les systèmes familiaux induisent des formes différentes de capitalisme, et qu'au contraire de pays comme l'Allemagne et le Japon, basés sur la famille souche (le fils aîné est l'héritier), et économiquement productivistes et solidaires, les Etats-Unis sont individualistes et consuméristes, s'endettant sur le dos du reste du monde, ce qui devait conduire au crash financier que l'on sait. Il a aussi annoncé les problèmes actuels de l'euro.
Fils d'Olivier Todd, petit-fils de Paul Nizan, Emmanuel Todd est un homme engagé, et il ne s'en cache pas. Simplement, comme lui, il faut distinguer ses travaux de recherches, et ses ouvrages plus polémiques. Il vient de publier deux livres, très différents dans leur facture, mais dans la continuité de ses travaux.
Le premier est né d'une émission sur le site arretsurimage.net : Allah n'y est pour rien. Il s'agit d'un entretien sur les révolutions arabes, et c'est passionnant. L'islam n'est pas incompatible avec la modernité : à l'arrière plan, depuis des centaines d'années, la manière dont les êtres humains s'aiment et s'unissent détermine leur destin. On se doute aujourd'hui que ces révolutions arabes ne sont pas terminées, malgré les espoirs qu'elles ont fait naître (voir les témoignages dans notre blog) et qu'au-delà du phénomène politique, elles évolueront très différemment. Car entre la Tunisie, l'Egypte, la Syrie ou la Lybie, les structures familiales ne sont pas les mêmes. La question des droits des enfants dans la famille n'est ainsi pas identique chez les Chiites et chez les Sunnites, et détermine l'évolution des esprits et de la société. Ce que dit Emmanuel Todd de la modernité de l'Iran par rapport aux pays arabes est à cet égard lumineux et... inattendu. A lire absolument, par tous !
Autre livre, beaucoup plus costaud, et qui vient de paraître chez Gallimard, L'origine des systèmes familiaux, (tome 1 c onsacré à l'Eurasie), constitue la somme théorique des quarante années de recherche d'Emmanuel Todd. Il y décrit une forme originelle, commune à toute l'humanité, la famille nucléaire. A partir de cette unicité première se sont constitués les réseaux de parenté, d'où sont nées les trajectoires de modernisation différenciées que l'on peut observer, et commenter. Un livre-somme, pour érudits, mais qui éclaire d'un jour novateur, l'histoire des relations humaines et des sociétés.
Le rendez-vous des civilisations, Le Seuil, 2007, 176p, 12,50€
Allah n'y est pour rien, Editions Arretsurimages.net, 2011, 89p, 10€
L'origine des systèmes familiaux, t1. L'Eurasie, Gallimard, 2011, 768p, 29€
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Samedi, 09 Juillet 2011 18:52 |
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En marchant, en lisant, un lecteur nous écrit.
L’homme est né nomade, errant sur une terre qui n’est pas la sienne. Dressé sur ses pieds pour mieux se déplacer, il prend de la hauteur, et découvre ainsi l’horizon et son au-delà. Et l’homme se mit à marcher. Depuis lors, il est toujours en chemin, marchant et debout, découvrant le monde et lui-même. Quoi de plus normal alors que de nombreux auteurs fussent des marcheurs impénitents et que de nombreux héros de romans soient des personnages en route ?
Il y a de nombreux récits de voyages à pied, souvent sous forme de pèlerinage en quelque sorte, vers des lieux forts ou saints. Et d’abord les maîtres en la matière :
-Jacques Lacarrière : ses deux livres “ L’été grec” (Editions Terre Humaine) et “Chemin faisant” (Fayard) sont des classiques du genre. On vient aussi d’éditer ses poèmes, A l’orée du pays fertile“ (éditions Seghers), comme autant d’invitations aux voyages dans des pays connus, imaginaires ou intérieurs. -Théodore Monod, grand marcheur dans le désert de Mauritanie, et ses nombreux livres dont Méharées, Le fer de Dieu, L'émeraude des Garamantes (Actes Sud)
Mais on peut également citer ces autres marcheurs que sont Bernard Olivier, le long de la Loire ou de la Route de la Soie (La longue marche, Aventure en Loire, aux éditions Phébus), Jean Claude Bourlès, (Le grand chemin de Compostelle, Pèlerin sans église, aux éditions Payot), Barret et Gurgand (Priez pour nous à Compostelle, Hachette Livre de poche), et toujours sur le thème éternel de Compostelle En avant, route d’Alix de Saint André (Gallimard). Pour se laisser entraîner dans des régions plus lointaines (ou plus profondes) et dans cette quête d’un lieu qu’on s’est imaginé au plus intime et qui vous attire comme un aimant il y a le livre de Michel Vieuxchange “Smara” (Phébus) qui raconte la quête de “ce fou du désert”. Combien de voyage ne sont-ils pas nés d’une photo, d’une gravure, d’une carte ou d’une estampe, d’un texte?
Et puis il y a cette envie difficile à réaliser pour un marcheur : emporter sa bibliothèque dans son sac. C’est Frédéric Gros qui lui donne enfin cette possibilité. Après avoir écrit “Marcher, une philosophie” (qui ressort aux éditions Champs Classique), il nous offre “La petite bibliothèque du marcheur ” (aux mêmes éditions) avec des textes à ruminer en marche, à déguster à la halte et à savourer à l’étape. De plus ce livre contient, à côté des grands classiques, des textes plus rares ou tirés de livres épuisés comme celui de Gustave Roud Petit traité de la marche en plaine” (Essai pour un paradis aux éditions l’Age d’Homme). Et pour “ les amoureux de cartes et d’estampes”, il y a les mille et une cartes éditées par l’IGN, tant belge que français, avec ses moindres traces de chemins, ses noms de lieux extraordinaires, ses courbes de niveaux à faire frémir ou rêver... C’est le moment aussi de saluer l’édition des topoguides de randonnées en boucles des sentiers GR en Belgique. Classées par province, ces balades à géométrie variable permettent chaque fois, de partir et revenir au même endroit afin de profiter pleinement de la marche. Une belle idée!
Et comme tout voyage est toujours un peu insensé et que ce sont les écrits du retour qui leur donnent sens, on peut profiter de ces moments d’été pour lire ou relire L’éloge des voyages insensés de Vassili Golovanov (Editions Verdier) qui nous invite à entreprendre mille et un voyages dans un espace géographique (ici la Sibérie) mais aussi mental.
A pied naturellement. Car dans le voyage à pied, il y a le silence, la solitude et la lenteur choisie. Comme dans la lecture d’un livre qui est “l’œuvre de la solitude et l’enfant du silence” ainsi que l’écrit Marcel Proust qui s’y connaissait en promenades, à pied, du côté de Méséglise la Vineuse ou de Guermantes dont il avait mesuré la distance géographique et mentale.
Marcher c’est aller “à la recherche du temps perdu” à courir toujours après l’ombre du temps. Marcher et lire, deux démarches qui se chargent de sens l’une par rapport à l’autre; deux démarches qui permettent de voyager sur les chemins de la terre et nos chemins intérieurs.
Christian Merveille.
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Dimanche, 01 Mai 2011 13:45 |
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Nouveau venu sur notre comptoir : l’excellent magazine Books.
Parmi les revues de critique bibliographique que nous suivons, nous comptons quelques magazines de vulgarisation, bien connus du grand public. Certes, la tradition de consécration du Magazine littéraire est complémentaire des prospections littéraires de l’exigeant Matricule des anges. Néanmoins, parce qu’ils restent tous deux culturellement centrés sur le monde (parisien) des lettres françaises, ils n’ont pas vocation à recenser des essais non littéraires, pas plus qu'à adopter des points de vue étrangers. Pour ces deux aspects, ces périodiques destinés au grand public sont désormais utilement complétés par le dynamique magazine Books, nouvellement arrivé dans notre librairie.
Depuis près de deux ans, ce magazine français d’« actualité par les livres du monde » présente des essais et des œuvres de fiction, publiés en français ou non encore traduits de l’espagnol et de l’anglais. Nous pourrions reprocher à certains de ces articles de nous donner envie de lire des livres inaccessibles en français, néanmoins l’avantage de découvrir des ouvrages du monde entier sans attendre leur traduction nous paraît précieux.
Parmi ces lectures rédigées par des experts d’Europe et d’Amérique (du Nord comme du Sud), certaines prennent l’ampleur d’un dossier thématique où s’affrontent les points de vue. Par exemple, citons celui de seize pages consacré à la question du rapport entre égalités sociales et bonheur (Books, n°17), qui fait écho à un débat du monde anglo-saxon. Ce dossier en rend la diversité, en mettant en relation l’analyse approfondie d’un récent essai anglais, la traduction d’un article de presse britannique et un entretien inédit avec un sociologue danois de renommée internationale. Notre anthropocentrisme culturel se révèle plus fortement encore, dans le même numéro, lorsqu’un historien new-yorkais des idées relit en détail L’Explication (Flammarion, 2009), pour montrer les étonnantes convergences du discours d’Alain Badiou et de celui d’Alain Finkielkraut, deux adversaires réunis par « le caractère obsolète de leurs visions ».
Voilà donc une revue qui renouvelle notre point de vue sur l’actualité, avec une lisibilité aisée et une grande pertinence. Cette qualité est révélée par la sélection des rédacteurs, par la subtilité du système des renvois – entre articles de Books et vers d’autres ouvrages –, par le soin apporté à sa rédaction. Il faut aussi souligner l’originalité des rubriques secondaires, comme cette instructive présentation des meilleures ventes éditoriales en pays étrangers (Chine, Liban, etc.), ou encore cette recherche, menée avec les lecteurs, de mots manquants en français pour exprimer des concepts connus dans des langues étrangères. À découvrir ! Article rédigé par Benoït Glaude.
Voir le site du magazine Books : http://www.booksmag.fr/
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Dimanche, 06 Mars 2011 21:45 |
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Révolutions en Tunisie et en Egypte, élections controversées en Côte d'Ivoire, problèmes sécuritaires au Niger... On se doute que derrière les images diffusées par les télévisions du monde entier, vivent des femmes et des hommes qui, tout en luttant pour leur liberté, doivent assurer leur vie quotidienne, celle de leur famille, en même temps que leur activité professionnelle est rendue difficile. Des témoignages de libraires et d'éditeurs nous sont remontés, ils sont saisissants.
Si les révolutions arabes ont sonné le glas des dictatures que l'on sait, nul ne connaît pourtant l'avenir qui leur sera donné. Les débuts ont été enthousiasmants. Les soulèvements populaires en Tunisie ont ouvert la brèche, et le premier phénomène marquant du départ de Ben Ali c'est une parole libérée, par l'abolition de la censure. Selma Jabbès, directrice de la librairie Al Kitab, au centre de Tunis raconte : "Nous respirons un bon air frais de liberté à Tunis, nous retrouvons notre fierté et notre identité... La librairie était au coeur des événements et nous avons passé près d'un mois dans les manifestations et le lacrymogènes tout en soutenant et encourageant ces jeunes qui ont su bien mieux que nous gérer la révolution et faire partir le dictateur pour nous mettre sur le chemin de la démocratie. Alors ce n'est pas cher payé ; la route est encore longue et le plus difficile reste à venir probablement, mais je suis pour ma part très optimiste pour l'avenir". C'est elle entre autres qui, par le lancement d'une pétition, a permis que soit prise la décision de libérer le livre de l'obligation d'obtenir un visa du Ministère de l'intérieur. On a donc vu dans sa vitrine, et celles de ses confrères, les livres interdits jusqu'ici, dont "La régente de Carthage".
Des éditeurs témoignent aussi. Elisabeth Daldoun (Editions Elyzad) : "La parole est devenue libre, elle est là, palpable, concrète, dans la rue, chez le marchand de journaux, dans les médias. La censure s'est brisée. Je ne crains plus les mots qui m'inquiétaient, mais que nous décidions avec l'auteur de garder malgré le risque d'être tracassés". Ou encore ce très beau témoignage de Karim Ben Smail (Editions Cérès) : "Si je devais résumer, je dirais que les intellectuels et les décideurs culturels tunisiens sont passés (...) de l'humiliation à l'humilité. Humiliation par un régime qui nous a lentement et sûrement pressurisés, menacés, (...) nous ôtant le droit à la parole libre et nous confinant à une autocensure de fait (...). Humilité face à ce peuple tunisien qui nous a pris de court, et dont on pensait que le 'Benalisme' avait corrompu les valeurs et les énergies".
Mais un régime policier ne disparaît pas sans se battre, et notamment en frappant là où s'exprime librement la parole. Badii Ben Younes a ainsi vu sa librairie Alkirtab à Bizerte, complètement détruite par "les milices de l'ancien parti au pouvoir, venues semer le trouble et la zizanie. Le 13 janvier 2010 notre librairie papeterie « ALKIRTAS » située dans le complexe commercial ‘BIZERTE CENTRE’ a été victime d’un acte de pillage des plus sauvages. Une des milices de l’ancien régime a été envoyée pour mettre à sac le dit centre commercial (...) Résultat catastrophique : la librairie a été dévalisée, saccagée, puis incendiée (...) Le bilan est lourd : plus de 89.000 € de marchandises réduits en cendres, documents et archives détruits, agencement et local inexploitables, et cinq employés qui se retrouvent à la rue". Lisez dans notre rubrique "Vie du livre" le témoignage qu'il nous a adressé.
La situation est incertaine également en Egypte. On l'ignore souvent, mais il y existe une réelle minorité francophile, et Le Caire ne compte pas moins de six librairies francophones. A des degrés divers elles ont également traversé les événements récents avec difficulté. Au Caire, Zeina Badran, directrice de la librairie Livres de France a dû prendre la décision de fermer ses deux points de vente. Quant à la librairie Oum El Dounia, située à 20 mètres de la place El Tahrir, « l’activité a été complètement interrompue pendant 17 jours et depuis la réouverture, nous avons dû fermer plus tôt à quatre reprises par principe de précaution ». La libraire, Agnès Debiage, poursuit : " La sécurité au Caire est loin d’être bonne. Les gens se sont armés pendant les évènements et la tension est encore très vive. Politiquement, rien n’est résolu. Certes Moubarak est parti mais ce sont toujours les mêmes qui tiennent le gouvernement. Côté opposition, aucun leader (à part peut être Amr Moussa le président de la Ligue arabe) n’a la carrure adéquate. Baradei est très controversé par le peuple qui ne veut pas de lui.(...) L’Egypte a gagné une liberté bien méritée et nous en sommes très fiers pour elle. Mais ce n’est que la première étape (certes décisive) d’un long processus vers la démocratie et l’équilibre". Lisez son témoignage complet dans notre rubrique"Vie du livre". Qu'en sera-t-il de la censure dans ce pays où les idées politiques n'étaient pas les seules à être réprimées. N'y avait-on pas interdit pendant trois mois le premier tome du dernier ouvrage de Gilbert Sinoué "Le souffle du jasmin" parce qu'y figurait sur la couverture le titre de la série "Inch Allah" ? On peut en rire, comme de toute censure imbécile, mais les choses vont bien au-delà, on s'en doute.
C'est poursuoi il est intéressant de mettre en balance les paroles de ces libraires avec les images diffusées sur les télévisions du monde. Les librairies sont de bons témoins des réalités d'une société.
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Samedi, 01 Janvier 2011 15:06 |
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Hommage au Street Art, d'où notre librairie tient son nom, c'est en compagnie de l'artiste de génie Banksy que Graffiti vous souhaite une heureuse année 2011.
Banksy est cet artiste engagé dont personne ne semble connaître l'identité exacte, mais dont la notoriété a fait le tour du monde. Banksy, star du street art, a commencé par couvrir les murs de Londres et de Bristol de ses pochoirs subversifs et décalés, avant de faire de même aux Etats-Unis, et plus récemment en Israël et en Palestine, où ses couvertures du mur de séparation n'ont fait qu'accroître sa réputation de poète activiste. Son business core, si l'on peut dire, car rien n'échappe au marketing de l'art contemporain, est le détournement visuel d'images habituellement banales. Ainsi de cette petite fille qui fouille au corps un bobby ; ou ce manifestant masqué qui ne lance pas un cocktail molotov, mais une gerbe de fleurs.  C'est ce dernier pochoir qui figure en couverture de son ouvrage Wall and piece (Century), qui vient d'être publié en France sous le titre Guerre et spray (Alternatives). La force de cette oeuvre est avant tout dans l'image et son contexte, et on peut s'interroger sur le bien-fondé d'une traduction française des textes qui les accompagnent parfois, sans mettre en regard les originaux en anglais. Mais sans doute n'est-il pas inutile d'insister, comme le fait Banksy, sur le sens de son activisme. D'abord une charge politique contre la société consumériste et sa réalité sociale : "We can't do anything to change the world until capitalism crumbles. In the meantime we should all go shopping to console ourselves." Ensuite une défense de son art comme création à part entière, dont la matière première est le mobilier urbain : murs, lampadaires, cabines téléphoniques, dont l'usage est détourné, en toute illégalité, mais sans ce vandalisme qu'il dénonce chez les amateurs incompétents du graffiti. A noter que le street art, et c'est la force redoutable du système, est sorti de la clandestinité pour entrer dans la sphère marchande. Banksy s'expose dans les musées aujourd'hui, "il vaut cher", et que pense-t-il du fait que son livre Wall and piece est imprimé en Chine, logique que son oeuvre ne peut que dénoncer par ailleurs ?  Sa traduction française accompagne la sortie du film Faites le mur ! (Exit through the gift shop), réalisé par Banksy lui-même. Il a été présenté aux festivals de Sundance, Berlin et Deauville.

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