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Vie du livre
Pour un prix fixe du livre... éclaircissements #décembre 2006

par Philippe GOFFE

D'un côté, Harry Potter, le dernier Goncourt ou l'Amélie Nothomb annuel : des livres qui se vendent beaucoup, une édition qui paraît florissante. D'autre part, un constat que pose le Conseil du Livre : l'usage du livre dans les écoles diminue, la lecture publique voit ses crédits diminuer, le marché du livre en Communauté française est un des plus pauvres d'Europe. Les messages en provenance du monde du livre semblent contradictoires. Ce n'est peut-être qu'une apparence. Et il n'est pas inutile, pour s'y retrouver, de considérer d'un peu plus près ce « marché du livre » . Qu'y voit-on ?

D'abord, une concentration très forte (deux grands groupes français, Interforum et Hachette, représentent à eux seuls 50% de l'édition - voir en note), et une massification de la production (13.500 nouveaux titres en 1981 ; 54.500 en 2005), avec un besoin croissant de produire du « best-seller ». Et un best-seller, cela peut se fabriquer. Face à cela, une distribution touchée par le même phénomène de concentration, avec la même logique financière qui, malgré la surproduction, conduit à une offre « standardisée ». Mais si on peut accepter, tout en le regrettant, de ne plus voir sur le marché que trois marques de brosses à dents, c'est plus inquiétant quand on parle du livre.

Car le livre répond à une logique autre, qui est d'ailleurs celle des biens culturels en général. S'il est admis que manger assouvit la faim, et donc que consommer un bien assouvit le besoin qu'on en a, ce n'est pas tout à fait vrai en termes de culture : écouter de la musique crée le besoin de plus de musique, parce que l'oreille et le goût s'affinent. C'est vrai pour les arts du spectacle, les arts plastiques, .et pour la littérature ou la lecture. La logique dont on parle ici, c'est évidemment celle de la création , qui renouvelle et enrichit la culture, et qui doit trouver les moyens économiques de subsister.

Le prix fixe (ou prix unique) du livre est précisément une mesure simple qui va dans ce sens. Vendre le même livre partout au même prix, c'est assurer aux auteurs et aux éditeurs une chance d'exister et de pouvoir créer. Il rétablit un équilibre que les lois naturelles du marché font vaciller. Comment ?

1) Aux éditeurs de création , il permet d'oser, de produire des livres incertains, et de les compenser avec des livres plus faciles. C'est le fondement de l'économie éditoriale : des ventes rapides et rentables qui compensent des ventes lentes et déficitaires. L'éditeur ne doit plus, ici, rechercher la rentabilité de titre à titre, ce qui signifierait l'élimination du risque et donc de la création. C'est pourquoi la grande majorité des éditeurs dont la production repose sur l' offre , sont en faveur du prix fixe du livre. Ils ont une chance d'être présents dans le paysage.

2) Cette offre, c'est bien sûr le public qui en dispose (quand il pense par lui-même). Elle doit donc être visible. D'où l'importance d'un réseau de diffusion diversifié . Un éditeur de création préfère 100 librairies réparties sur tout le territoire, qui présentent chacune un ou deux exemplaires de ses livres, à 4 ou 5 gros points de vente qui en présentent quelques-uns à un public de centre-ville. Le prix fixe du livre aide les librairies à exister : elles aussi ont besoin de ventes rapides et faciles pour financer les livres de vente lente.

3) Ce réseau diversifié est aussi un gage de démocratie . Dans le commerce moderne, le pouvoir appartient de plus en plus aux chaînes de distribution. Imagine-t-on que la création éditoriale dépende des acheteurs de quelques grandes enseignes ? Dans la chaîne du livre, le pouvoir doit rester en amont, donc chez l'éditeur, qui doit pouvoir publier en toute liberté.

Cette égalité entre tous les livres, permise par le prix fixe, explique ainsi son effet stabilisateur sur les prix, comme l'exemple de la France (prix fixe depuis 1981) le montre clairement. Il ne permet plus le discount sur les cent best-sellers de l'année, c'est vrai, et certains intellectuels s'en affligent. Mais en même temps, ce discount ne doit plus être rattrapé sur les autres livres. Les faits sont là : en Suède, en Belgique, en Irlande, où les prix sont libres, les livres ne sont pas moins cher qu'ailleurs. Au contraire. Le prix unique du livre n'est donc pas une mesure corporatiste. Il ne sert pas à faire « de bonnes affaires ». Il ne sert pas à vendre plus de livres, il sert à vendre tous les livres.

Tout ce qui vient d'être dit est illustré par l'exemple de l'Angleterre, qui a abandonné le Net Book Agreement en 1995, sous la pression de grandes chaînes aux capitaux américains. Tout le monde, y compris les opposants au prix fixe, admet que les conséquences en ont été une diminution importante du prix des best-sellers (mais par rapport à quoi ?), dont les ventes ont été dopées, et en contrepartie une augmentation, parfois très forte, du prix des ouvrages de vente lente et de sciences humaines. En même temps, on assiste à la disparition inexorable des librairies indépendantes et à leur remplacement par des librairies de chaînes, souvent magasins clones vendant des livres clones. Enfin les exigences de plus en plus fortes des chaînes envers les petits éditeurs, empêchent parfois ceux-ci d'encore être présents dans ces librairies.

Le prix fixe n'est évidemment pas une panacée. Il n'a de raison d'être que s'il s'insère dans une politique globale du livre. Mais c'est une mesure qui ne coûte pas à l'Etat, tout en rééquilibrant un secteur qui repose sur la création et la diversité.

Il y a bien une exception culturelle, pas uniquement française, mais européenne. Dix pays de l'Union connaissent une réglementation sur le prix du livre, et y tiennent. Il est temps que la Belgique les rejoignent. La libre diffusion des idées est à ce prix, le prix fixe du livre.

Pour toutes ces raisons, nous vous invitons à répondre à l'appel lancé sur www.prixfixedulivre.be

Philippe Goffe

Librairie Graffiti

Note :
Interforum, c'est Plon, Perrin, Julliard, Laffont, Bordas, Nathan, Robert, Pocket, 10/18 etc. Hachette, c'est aussi Grasset, Fayard, Stock, Calmann-Lévy, Lattès, Larousse, Dunod, Livre de poche et bien d'autres.

 
La librairie, fenêtre sur le monde #été 2006

Lettre d'Haïti à un ami du Faubourd Saint-Antoine
par Laurent Passicousset

publié avec l'accord de la librairie Meura (Lille)

Port-au-Prince et Lille, 21 mars - 3 avril 2005

Cher Alain,

À toi qui m'as montré une certaine Sympathy for the Devil (1) , je veux parler d'une autre Amérique, celle de Solange et des Gouverneurs de la rosée (2) . Elle m'a offert ce livre lorsque je quittai sa librairie de la rue des Miracles. Elle m'a fait découvrir Jacques Roumain, son écriture de lutteur volubile, le visage noir de sa Délira Délivrance que « toutes les tribulations de l'existence ont froissé... comme un livre ouvert à la page de la misère », sa plainte de la forêt assassinée, son combat contre l'injustice et le racisme, sa rage contre l'exploitation des corps et sa haine de la colonisation des esprits. Solange m'a conduit vers Roumain comme tu m'avais conseillé Richard Brautigan, ses Mémoires sauvés du vent, poussières d'Amérique (3), son héros homicide en culottes courtes, sa passion des hamburgers, son dégoût des armes à feu et sa recherche du temps évanoui : en professionnelle du livre qui a gardé ses enthousiasmes d'amateur. En libraire qui sait prescrire sans imposer, initier sans sur-vendre, susciter le désir sans déflorer l'histoire. En lectrice qui, jour après jour, vole du temps au temps et au commerce, loin des chimères et des balles perdues de Port-au-Prince, pour plonger dans les auteurs qu'elle aime. En passionnée qui, dans cette île caraïbe d'oralité, vit l'art du roman comme une évasion dans l'espace et hors du temps - ou plutôt comme une autorisation de sortie provisoire.

En rêveuse qui voudrait visiter des villes disparues, le Londres de Virginia Woolf, le Bahia de Jorge Amado, le Prague de Milan Kundera. Chez toi à Page 189 (librairie à Paris, ndlr) comme chez Solange à La Pléiade (librairie à Ha ïti, ndlr), je pensais à la femme qui m'a appris à lire et m'a dévoilé les premières échappées de la chose imprimée : la Dacquoise à l'oeil noir, la femme-maîtresse, la femme-mère, la femme-soeur, la femme-enfant alors. Et à l'homme qui m'apprit à aimer les livres, l'homme-sérénité, l'homme qui me sortit du trou gris de mes vingt ans. Celui que j'ai délaissé. Celui qui cherchait et m'a aidé à trouver Saint-Exupéry. Cet ami du grand Sud, un petit matin blafard dans les Flandres, me remit un exemplaire de Terre des hommes (4) qu'il qualifia d' « unique » puisque lui ayant appartenu. Cet homme-Méditerranée m'ordonna dans une bibliothèque lilloise : « Va dans la rue, regarde le monde, parle avec les gens, assieds-toi et raconte. » Je suis allé rue des Miracles. J'ai arpenté cette artère populeuse et polluée par les gaz d'échappement de milliers de « tap-tap », à quelques pas du Champ de Mars et du Palais présidentiel que Jean-Bertrand Aristide a fui l'an passé avec armes et bagages. J'ai marché sur ces trottoirs assourdissants du transport de victuailles et du commerce informel. J'ai vu cette preuve vivante qu'Haïti n'a pas d'usines et moins de terres cultivables, ce capharnaüm de paysannes déracinées et de produits importés, ces shampooings et savons à bas prix ramenés d'Europe, ces sacs de riz achetés aux États-Unis, ces batteries de cuisine en plastique venues tout droit de Chine populaire, ces prises électriques fabriquées à Taiwan, ces nippes et bibelots d'occasion que revend la diaspora haïtienne de Miami.

Au numéro 83, en arrière de l'étalage brinquebalant d'un vendeur de lunettes bon marché made in USA, j'ai aperçu la vitrine de cette Pléiade que Solange tient à bout de bras depuis vingt-sept ans, et que son père avait créée deux décennies plus tôt, sous le joug des militaires ; la librairie a ensuite grandi sous la dictature de Papa Doc, en pleine terreur des tontons macoutes et au plus fort de l'idéologie noiriste. Aujourd'hui, au mitan de cette librairie tout en longueur, le bureau de la patronne et de son compagnon Paulo, devant le mur d'images qu'ils ont choisies. Une photographie sans légende, en noir et blanc, de Jean Dominique, leur ami journaliste et directeur de radio assassiné à Port-au-Prince le 3 avril de l'an 2000. Un agrandissement de la caricature de Sartre par Wiaz, à la mort du pape de l'existentialisme en avril 1980.

Des portraits de Sigmund Freud et de l'écrivain haïtien le plus connu à l'étranger, René Depestre. Deux reproductions de couvertures, l'une montrant Ernesto Che Guevara lorsqu'il exportait la revolucion , l'autre présentant l'unique rencontre connue de Brassens, Brel et Ferré dans un appartement parisien équipé de micros, le 6 janvier 1969. J'ai parlé à Dominique, la fille de Solange, qui trimballe sa jeunesse et son rire dans les salons, foires et manifestations culturelles auxquels s'associe La Pléiade, malgré, envers et contre tout : malgré l'insécurité et la hantise des ruelles coupe-gorge, envers le marasme économique et la misère sombre qui ronge le centre-ville surpeuplé et embouteillé, contre le désespoir ambiant qui pousse leurs compatriotes de l'Haïti d'en bas comme du Pétion-Ville d'en haut à fuir le pays par tous les moyens légaux ou hors la loi, par terre, air ou mer. J'ai rencontré ces jeunes filles de courage qui entourent Solange. Marjorie la spécialiste du fonds (littéraire, ndlr) haïtien en créole et en français, Magali la caissière, Murielle et Suzemanie les « toutistes » ou femmes-orchestres qui se consacrent en particulier aux rayons universitaires, les plus fréquentés par une clientèle composée d'étudiants et d'enseignants. J'ai échangé quelques phrases avec les deux costauds qui se tiennent sur le seuil, entre la devanture garnie d'« essentiels » en sciences humaines et l'étagère des bonnes affaires bradées de 50 à 80 % : fusils-mitrailleurs en bandoulière, ils sont les fragiles remparts de La Pléiade face au prochain casse, face à un éventuel règlement de comptes, face à un mouvement de panique lors d'une énième fusillade dans la rue des Miracles ; et s'ils ne montent la garde qu'aux heures d'ouverture, c'est que Solange en décida ainsi cette nuit de braquage où l'un de leurs prédécesseurs paya de sa vie la défense de la librairie et la présence du livre au cour des ténèbres de Port-au-Prince.

« À la mémoire de mon père qui avait senti venir la vague monstrueuse. À tous ceux qui, aujourd'hui, y font face ». C'est par ces mots que Gary Victor, autre auteur haïtien en vente à La Pléiade, dédie son dernier roman (5) à ses compatriotes. Aujourd'hui, vois-tu Alain, Solange fait face. Refuse de quitter le centre-ville. Avoue des coups de blues mais reprend vite ses esprits quand la peur et le découragement ont tendance à s'installer. Se souvient que sa librairie a survécu à Duvalier père, à Duvalier fils, à des élections avortées et à plusieurs coups d'État, à des juntes militaires, à l'occupation étrangère, aux dérives du régime aristidien, à toutes les censures et à l'intolérance. N'oublie pas qu'elle vendait études et témoignages sur les révolutions sud-américaines, à ses risques et périls, lorsqu'il était mortel de prôner le changement en Haïti. Encourage sa fille dans la voie qu'elle aime, la promotion du livre hors les murs. Veut de temps à autres respirer et s'échapper via la fiction et par avion. Ne baisse pas les bras face à une fréquentation en chute, insécurité croissante oblige. Espère reprendre les signatures des auteurs, quitte à déménager à quelque distance de la rue des Miracles, à une adresse moins troublée, tout en restant au coeur de la cité. S'imagine que, dans ce futur lieu, La Pléiade pourra rejouer son rôle d'acteur culturel, avec lectures publiques, animations musicales et peintres exposés. S'accroche à sa conviction que la violence ne triomphera pas. Que l'obscurantisme ne passera pas. Que le livre peut et doit vivre à Port au- Prince. Que le livre y vivra.

Notes bibliographiques

1. Sympathy for the Devil , Kent Anderson, Folio, 1997.
2. Gouverneurs de la rosée , Jacques Roumain, Fardin (Haïti), 2003.
3. Mémoires sauvés du vent , Richard Brautigan, 10/18, 2004.
4. Terre des hommes , Antoine de Saint-Exupéry, Folio, 1989.
5. Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin , Gary Victor, Vents d'ailleurs, 2004.

Laurent Passicousset , ancien footballeur professionnel, est également journaliste. Diplômé de l'École Supérieure de Journalisme de Lille, il a vécu huit ans au Vietnam, avant de réintégrer l'ESJ comme délégué aux activités internationales, en particulier pour les partenariats dans les pays et régions en crise : Afghanistan, Afrique des Grands lacs, Balkans, Haïti, Ukraine.

 
Besoin de libraire #juin 2006

Ce texte de l'auteure Alice FERNEY est paru dans la revue Livre-Hebdo
du 5 mai 2006.

J'apprends cette semaine que saint Georges est le patron des libraires et qu'en pays catalan, le jour de sa fête, la tradition est d'offrir un livre et une rose. Joli geste qui mêle l'idée du rite, les fleurs, les mots et les cadeaux. Il faudrait dire bien sûr: saint Georges, patron des libraires indépendants. Patron de ceux qui « résistent à l'uniformisation du goût, à la peoplelisation des auteurs, à la mise en avant trompeuse de livres mineurs » et qui sont des lecteurs en éveil, absolus et éclectiques. C'est ce qu'écrit avec clarté l'association Verbes, dans une Lettre ouverte aux lecteurs qui aspirent encore à la liberté. «La mission de la librairie : s'évertuer en dehors des meilleures ventes à aiguiser une curiosité envers la littérature sous toutes ses formes. » S'évertuer, c'est bien le mot. Au printemps de l'an dernier, à Londres où les librairies comme les nôtres sont mortes du libéralisme, sans avoir pu s'appuyer sur le prix unique du livre, je me suis réjouie d'appartenir à un pays qui n'oubliait pas la bataille et l'ambition de la librairie. Comment imaginer de marcher dans une ville, d'habiter son quartier, de sortir l'après- midi, en passant devant des Waterstone's où les livres sont empilés en promo comme des boîtes de maïs, et sans pouvoir pousser la porte d'une boutique plus petite mais mieux pleine, de livres variés et même difficiles ?

J'ai besoin de la librairie comme d'autres ont besoin du chocolat aphrodisiaque : pour éclairer la vie. Les librairies m'ont aidée à vivre en écrivant : à affronter une solitude. Avant les contraintes horaires qu'imposent les jeunes enfants, je n'ai pas passé un jour sans y aller ouvrir quelques livres. Plus tard j'ai su que c'était à elles que je devais d'avoir, dans le tourbillon des publications, trouvé une place. Il y a vingt ans, c'était une librairie qui sauvait mes fins de journée. Seule chez moi à écrire ma thèse (et un premier roman dont personne ne voudrait), il me fallait à un moment sortir! On peut s'inventer des routines heureuses : vers cinq heures, j'allais au bistrot, buvant mon café je trouvais dans ma tête un livre que je devais absolument lire ou regarder, et m'en allais le chercher à la librairie. Deux sours m'y offraient leurs conseils et leur conversation. L'une d'elles me donna même le sujet d'un livre et je perdis son amitié, car les livres que l'on écrit - comme dit Barthes - ne sont pas des cadeaux à faire. Je faisais des rencontres, les meilleures, avec des ouvres et des personnes. C'était un lieu qui avait le style de ses propriétaires : non conventionnel et engagé.

On dit que le métier meurt, que les jeunes n'y songent plus . Quel malheur! Il m'arrive de parler à mes étudiants d'autre chose que d'économie : de l'étude en général, de l'écriture, de la lecture, des bibliothèques et des librairies. Pour la plupart, ils préfèrent le foot et la musique, ils n'entassent pas les livres sur leur table de chevet. Ils sont presque contents de l'effort épargné quand un libraire leur dit : on ne l'a pas. Ils reviennent fanfarons : madame ! Ils ne l'ont pas. Je leur apprends que l'on commande les livres dans les librairies. Ils ne songent pas que l'espace réduit d'un commerce ne saurait contenir tout le patrimoine écrit. Ils s'amusent de mes indignations lorsque vraiment un titre est épuisé et probablement abandonné. Le travail intellectuel de Guitton. L'amour et l'amitié d'Allan Bloom. Fortune et infortune de la prospérité Daniel Cohen. Mariés de Strindberg. Voilà des titres récemment introuvables. Elle est folle la prof, elle nous file des trucs qui n'existent même plus ! Des « trucs » qui aident à vivre. Mais qui ne se vendent plus. Je les leur prête en disant: j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux.

Mon grand-père, scientifique amateur de musique, de psychologie et de philosophie, emportait une valise de livres en vacances. On ne sait jamais, disait-il, ce que l'on aura envie de lire... Aujourd'hui, en faisant comme lui, j'ai le plaisir de penser à lui. De ses petits-enfants, j'étais celle qui voulait écrire, j'ai reçu, outre ses idées, sa bibliothèque en héritage. J'ai tout gardé, même de vieux livres aux théories aujourd'hui invalidées, parce que les livres aussi peuvent disparaître. La nouveauté occupe les tables, la nouveauté est une immense vague de papier, le monde réclame de la nouveauté. Je sais que je fais partie de la nouveauté ! Mais j'ai une bibliothèque. Je peux tenir un siège : en lisant.

 
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