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Avant le passage, La mort du père

Deux livres de fils orphelins d’un père, l’un de François Emmanuel, l’autre de José Luis Peixoto, bouleversent tout ce qu’on a déjà pu lire sur le sujet.

avant le passageDe cette mélopée si particulière, qui est la sienne, François Emmanuel tisse un chant au défunt qui l’accompagne. C'est « Avant le passage » (Actes Sud) . Un homme, père, mari, est couché dans un lit d’hôpital pour ses derniers instants. Autour de lui, ses femmes, épouses et filles, chuchotent avec le médecin. Le voyant rouge du moniteur de contrôle, clignote. Semi-conscience, le mourant sombre dans le rêve, rejoint le fond des âges, s’avance sur le chemin vers l’Hadès, précédé par une lueur rouge elle aussi, qui vacille dans la main de celle qui l’y emmène. Parque ou épouse, mère ou inconnue ? Insérés, en italique, les réminiscences du dormeur, se fondent à la réalité et aux images qui surgissent dans son esprit morphinique. François Emmanuel compose un dernier chant profond, antique, feutré, somptueux comme une étoffe qui ne serait pas linceul mais douceur du vivre qui se délite . C’est bien de douceur, d’amour et de lumière dont il est question ici, dans les non-dit qui sourdent en ultime cadeau de celui qui s’en va, à ceux qui restent.

 

la mort du pèreDans « La mort du père » (Grasset), José Luis Peixoto, écrivain portugais salué par Saramago, met ses pas dans celui du disparu.

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Le journal d'Edward, hamster nihiliste, de Miriam Elia

journal d'edwardDans la pure tradition des romans gothiques, Miriam et Ezra Elia ont imaginé un journal à quatre mains, celui retrouvé dans la cage abandonnée de leur hamster neurasthénique. Minuscule, dans la paille, se trouvait le journal intime de sa courte vie. Manger, dormir, faire de la roue, était la question. Cela suffit-il à composer une vie, à justifier la monotonie, la solitude, l’espérance ? On peut varier bien sûr, ce qu’il fait, et décider dans un geste de radicale liberté, de « ne pas faire de roue ». Mais jusqu’à quand ?

Hautement philosophique, merveilleusement dessiné en noir et blanc, ce petit livre en forme de méditation est à ranger de toute urgence, entre Desproges et Schopenhauer. Ne constatait-il pas lui aussi, que la vie est souffrance, et que si la solitude est le gage de la liberté elle l’est aussi de l’ennui ? Ennui trompé par les annotations existentielles, tragicomiques- très comiques- de ce rongeur morose, égotique, qui trompe son aspiration à une existence digne de ce nom, et au libre arbitre, par des occupations grégaires. Faut-il ajouter qu’Edward nous ressemble beaucoup ?

Mirial Elia : Le journal d'Edward, hamster nihiliste : 1990-1990, traduit de l'anglais par Rose labourie, Flammarion, 2013, 96p.

 
Les Evaporés, de Reverdy

Le roman commence dans la nuit. Kazehiro, qui se fera bientôt appeler Kaze pour dissimuler son identité, part de chez lui, décidé à disparaître, à "s'évaporer" comme on dit là-bas.

Là-bas, c'est le Japon, et c'est probablement le vrai sujet de ce texte évocateur en clair-obscur. La fille de Kaze se lance à sa recherche, épaulée par un ex plus poète que détective, Richard. Kaze fait lui-même la rencontre de Akainu, enfant des rues rescapé de Fukushima. Le lecteur suit ces deux fils avec beaucoup de plaisir, en même temps que l'auteur intercale des chapitres qui sont souvent rêvés par un des personnages, sur le Pays du Soleil levant. Un voile est ainsi levé sur la réalité japonaise, comme sur les motivations de Kaze, mais en partie seulement... L'auteur, lui-même, confessant que "cette civilisation (lui) demeure encore, à bien des égards, étrangère".

Au Japon, on ne recherche pas les évaporés.

Thomas B. Reverdy, Les Evaporés, Flammarion, 2013, 19 euros.

 

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Manuel de survie à l'usage des incapables, de Thomas Gunzig

manuel de survie  lusage des incapablesCeux qui ne connaissent pas encore Thomas Gunzig, ou qui ne le connaissent qu'à travers ses chroniques des petits matins sur la RTBF ("café serré"), devraient réfléchir à deux fois avant de se lancer dans la lecture de son Manuel de survie à l'usage des incapables. Car rien ne leur est épargné dans ce livre décapant,et épatant. Ames sensibles s'abstenir en effet, on n'épargne au lecteur ni les morts, ni le sang, mais cela n'est que la couche superficielle du récit, car à travers le portrait déjanté de quatre loups de banlieue qui traquent l'homme responsable de la mort accidentelle de leur mère, lui-même responsable de la sécurité dans une grande surface, s'écrit une charge au vitriol contre l'univers mécanisé, mercantilisé, inventé par les experts qui mêlent marketing et systémique au profit d'une autre espèce de prédateur, le grand méchant capitaliste.
Il y a du délire dans ce genre de récit, où tout est à prendre au second degré. Quoique... L'univers que Gunzig dépeint est-il vraiment si éloigné de la réalité ? La force de son écriture est là précisément, où se mêlent
le sens de l'absurde, de la dérision, teinté d'un cynisme total, et un sens ravageur de la critique sociale.
C'est en tout cas ainsi que nous l'avons lu. Et chacun sait qu'un livre de fiction s'écrit toujours par le regard du lecteur.

Thomas Gunzig : Manuel de survie à l'usage des incapables, Au diable Vauvert Editeur, 2013, 420p, 18€.

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Folles de Django, d'Alexis Salatko (rentrée 2013)

folles de djangoIl y a soixante ans, décédait Django Reinhardt, musicien et compositeur unique en son genre, né à Liberchies près de Charleroi. Handicapé par deux doigts atrophiés, suite à l'incendie de sa roulotte, Django le gitan inventa un genre que d'autres appelèrent jazz manouche. Alexis Salatko le raconte dans un roman biographique, Folles de Django (Robert Laffont) et révèle un fait méconnu de son histoire. Une Belge, Maggie Kuipers, oubliée de tous, le sortit des faubourgs boueux de Paris et le propulsa dans le monde des cabarets pour lui faire rencontrer ceux qui feront de lui une vedette. Pendant plus de dix ans, elle veillera sur lui, et tentera de le faire passer en Suisse pendant l'occupation nazie. Elle réussira pour Mendès-France et le frère handicapé de De Gaulle mais y laissera sa vie.

Comme avant lui Alain Gerber racontait Chet Baker, Alexis Salatko swingue sur la vie de Django avec une empathie totale pour celui qui renonça à la musique, lui préférant...la pêche à la ligne, alors que les plus grands l'admiraient (Duke Ellington, Armstrong). Mais jamais il ne renonça à sa liberté.

Alexis Salatko : Folles de Django, Robert Laffont, 2013, 276p.

 
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