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En finir avec Eddy Bellegueule, de Edouard Louis

On parle beaucoup, ces dernières semaines, du livre d'Edouard Louis, dont c'est à 21 ans seulement le deuxième ouvrage. Et pour cause : ce récit de l'adolescence de l'auteur dans une toute petite ville du nord, et du rejet de son homosexualité par son milieu d'origine, est assez sidérant. Ce sont les brimades infligées quotidiennement par deux autres collégiens, c'est peut-être surtout finalement la violence de certaines phrases prononcées par sa propre famille...

A cet égard, le texte rend très bien la langue telle qu'elle est malmenée par ceux qui l'entourent, en contraste avec la prose à la fois classique et soignée d'Edouard Louis. Surtout, celui-ci revendique et étaye avec sa propre histoire, la thèse sociologique selon laquelle ce sont des conditions sociales misérables qui, avant tout, expliquent le comportement de ses proches. De la même manière, la fuite finale vers une autre ville, est moins l'expression d'une volonté consciente qu'une conséquence inévitable de l'ordre des choses, comme un corps humain expulse un autre corps qui lui est étranger.

On comprend, en lisant "En finir avec Eddy Bellegueule", qu'Edouard Louis comme il le dit lui-même, ait dû le tuer et prendre un nouveau nom. On comprend aussi qu'il ne puisse aujourd'hui être vraiment à l'aise ni avec les prolos, ni avec les bourgeois.

 

Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, 2014, 17 euros.

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Les Endormeurs, de Anna Enquist

endormeurs enquistDéroutant, le nouveau roman d’Anna Enquist entre dans le mystère de l’anesthésie, l’endormissement de la douleur physique, et la met en regard de la psychanalyse qui elle, tente d’éveiller la conscience à la souffrance psychique. Fine psychologue elle-même, elle insère ces deux pratiques au sein d’une même famille et en explore les contradictions.
Suzanne est une anesthésiste ultra compétente, plus douée pour le monde des urgences que pour la vie hors de l’hôpital « ce monde dans lequel on n’a pas réponse à tout ». Son frère Drik est psychiatre, tout comme son mari, plus habiles à libérer la parole de leurs patients que la leur. Suzanne est amenée à superviser un jeune interne, qui s’avère être aussi le patient de son frère et le petit ami de sa fille.
Un échiquier qui vole en éclat sous le coup de pulsions non contrôlées, de non-dits, de frustrations mises en sommeil depuis l’enfance. Sous les nombreux aspects cliniques de ce roman, Anna Enquist excelle à donner à entendre les tempétueux silences d’êtres, plus doués pour l’action que pour l’introspection, et qui s’endorment eux-mêmes à coup d’opiacés, de whisky ou de fuite en avant.

Anna Enquist : Les Endormeurs, traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Arlette Ounanian, Actes Sud, 2014, 368p, 22,80€

 
Expo 58, de Jonathan Coe

expo58 jonathan coeL’Atomium inspire à Jonathan Coe un roman d’espionnage aussi charmant , léger, que désuet, tout à fait dans l’esprit de la fin de ces années cinquante qui vantaient les arts électroménagers et l’universalisme du modèle occidental.
Thomas Foley, fringant jeune employé du Ministère de l’Information quitte Londres pour superviser le Pavillon britannique à l’Expo 58. Son physique avantageux et sa candeur vont l’embarquer dans une mésaventure amoureuse avec une jolie flamande et, à son insu, dans les arcanes des services secrets russes et américains. Péripéties beaucoup plus enivrantes que la vie petite-bourgeoise qu’il mène dans sa banlieue anglaise.
Le lecteur belge lui, se replonge avec plaisir dans le décor en toc, parfois avant-gardiste et audacieux de l’Expo Universelle en s’étonnant toutefois que, sous la plume de Jonathan Coe, - invité il est vrai en résidence d’écriture par Het Beschrijf -, Bruxelles semble être une ville unilingue, entendez flamande… Une nouvelle guerre froide en perspective ?

Jonathan Coe : Expo 58, traduit de l'anglais par Josée Kamoun, Gallimard, 2014, 328p, 22€.

 
Le bonobo, Dieu et nous, de Frans De Waal

bonobo dieu et nousLe comportement naturellement altruiste de certains grands singes, leur capacité à entrer en empathie avec un congénère, a percevoir les notions de Bien et de Mal, indépendamment d'une récompense ou d'une punition, a profondément interpellé le célèbre primatologue et éthologue néerlandais. Les valeurs morales et le sens du bien commun, existeraient-ils aussi chez les primates?

Il le constate, et avance l'idée selon laquelle, l'éthique ne vient pas d'en Haut, n'est pas dictée par un commandement supérieur, par Dieu, mais se crée dans l'interaction quotidienne. Ce que Darwin avait lui aussi énoncé. « Les instincts sociaux poussent l'animal à trouver du plaisir dans la société de ses semblables et éprouvent une certaine sympathie à leur rendre divers services. » Et cela, à côté de la cruauté de la sélection naturelle. Frans De Waal en vient à étayer son athéisme, corroboré par ces observations scientifiques : la morale nous précède, elle découlerait de l'instinct naturel de coopération et d'altruisme. Et de conclure, après une foule d'exemples bouleversants, qui interpellent, et de réflexions philosophiques empathiques elles aussi, « chez les primates on reconnaît des comportements auxquels nous aspirons nous-mêmes... »

Frans De Waal : Le bonobo, Dieu et nous, Les liens qui libèrent, 2013, 23,80 euros.

 
S'abandonner à vivre, de S. Tesson

Sylvain Tesson avait enchanté avec son Dans les Forêts de Sibérie, récit d'une réclusion volontaire qui nous avait paradoxalement bien fait voyager ; il nous revient avec les fort bonnes nouvelles de S'abandonner à vivre. Car il ne faut pas réduire notre homme au seul genre du récit de voyage dans lequel, par ailleurs, il excelle. Pour mémoire, Une Vie à coucher dehors avait reçu le Prix Goncourt de la nouvelle en 2009, et le présent recueil confirme en la matière l'habileté de son auteur.

Le dépaysement est bien sûr présent, avec des destinations aussi variées que le Sahara, la Chine ou encore l'Afghanistan. Mais également d'autres passions de Tesson que l'on connait peut-être moins bien, comme l'escalade, sur rocher ou... suspendu à une gouttière! Avec, dans toutes ces histoires, un regard volontiers critique (parfois trop?) sur notre "beau" monde.

Les récits en question ne sont pas toujours gais, mais le lecteur est de suite saisi par le style à la fois soigné et accessible de l'auteur, le pittoresque des personnages, les descriptions de certaines contrées... On découvrira donc avec bonheur La gouttière, La ligne ou encore Les égards, pour ne citer que 3 textes.

Il y a décidément quelque chose d'entraînant chez Tesson.


Sylvain Tesson, S'abandonner à vivre, Gallimard, 2014, 17,90 euros.

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