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Expo 58, de Jonathan Coe

expo58 jonathan coeL’Atomium inspire à Jonathan Coe un roman d’espionnage aussi charmant , léger, que désuet, tout à fait dans l’esprit de la fin de ces années cinquante qui vantaient les arts électroménagers et l’universalisme du modèle occidental.
Thomas Foley, fringant jeune employé du Ministère de l’Information quitte Londres pour superviser le Pavillon britannique à l’Expo 58. Son physique avantageux et sa candeur vont l’embarquer dans une mésaventure amoureuse avec une jolie flamande et, à son insu, dans les arcanes des services secrets russes et américains. Péripéties beaucoup plus enivrantes que la vie petite-bourgeoise qu’il mène dans sa banlieue anglaise.
Le lecteur belge lui, se replonge avec plaisir dans le décor en toc, parfois avant-gardiste et audacieux de l’Expo Universelle en s’étonnant toutefois que, sous la plume de Jonathan Coe, - invité il est vrai en résidence d’écriture par Het Beschrijf -, Bruxelles semble être une ville unilingue, entendez flamande… Une nouvelle guerre froide en perspective ?

Jonathan Coe : Expo 58, traduit de l'anglais par Josée Kamoun, Gallimard, 2014, 328p, 22€.

 
Le bonobo, Dieu et nous, de Frans De Waal

bonobo dieu et nousLe comportement naturellement altruiste de certains grands singes, leur capacité à entrer en empathie avec un congénère, a percevoir les notions de Bien et de Mal, indépendamment d'une récompense ou d'une punition, a profondément interpellé le célèbre primatologue et éthologue néerlandais. Les valeurs morales et le sens du bien commun, existeraient-ils aussi chez les primates?

Il le constate, et avance l'idée selon laquelle, l'éthique ne vient pas d'en Haut, n'est pas dictée par un commandement supérieur, par Dieu, mais se crée dans l'interaction quotidienne. Ce que Darwin avait lui aussi énoncé. « Les instincts sociaux poussent l'animal à trouver du plaisir dans la société de ses semblables et éprouvent une certaine sympathie à leur rendre divers services. » Et cela, à côté de la cruauté de la sélection naturelle. Frans De Waal en vient à étayer son athéisme, corroboré par ces observations scientifiques : la morale nous précède, elle découlerait de l'instinct naturel de coopération et d'altruisme. Et de conclure, après une foule d'exemples bouleversants, qui interpellent, et de réflexions philosophiques empathiques elles aussi, « chez les primates on reconnaît des comportements auxquels nous aspirons nous-mêmes... »

Frans De Waal : Le bonobo, Dieu et nous, Les liens qui libèrent, 2013, 23,80 euros.

 
S'abandonner à vivre, de S. Tesson

Sylvain Tesson avait enchanté avec son Dans les Forêts de Sibérie, récit d'une réclusion volontaire qui nous avait paradoxalement bien fait voyager ; il nous revient avec les fort bonnes nouvelles de S'abandonner à vivre. Car il ne faut pas réduire notre homme au seul genre du récit de voyage dans lequel, par ailleurs, il excelle. Pour mémoire, Une Vie à coucher dehors avait reçu le Prix Goncourt de la nouvelle en 2009, et le présent recueil confirme en la matière l'habileté de son auteur.

Le dépaysement est bien sûr présent, avec des destinations aussi variées que le Sahara, la Chine ou encore l'Afghanistan. Mais également d'autres passions de Tesson que l'on connait peut-être moins bien, comme l'escalade, sur rocher ou... suspendu à une gouttière! Avec, dans toutes ces histoires, un regard volontiers critique (parfois trop?) sur notre "beau" monde.

Les récits en question ne sont pas toujours gais, mais le lecteur est de suite saisi par le style à la fois soigné et accessible de l'auteur, le pittoresque des personnages, les descriptions de certaines contrées... On découvrira donc avec bonheur La gouttière, La ligne ou encore Les égards, pour ne citer que 3 textes.

Il y a décidément quelque chose d'entraînant chez Tesson.


Sylvain Tesson, S'abandonner à vivre, Gallimard, 2014, 17,90 euros.

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Une terre d'ombre, de Ron Rash

une terre dombreRon Rash est de ces auteurs qui ne s'embarassent pas de littérature, et qui en compose une superbe. La puissance des éléments naturels et l'impuissance des êtres, se répondent avec maestria. Le Bien et le Mal sont au coeur de ses récits, imprégnés, parfois de la grandeur, et souvent, de la bêtise humaine. En 1916, en pleine Guerre Mondiale, elle était partout, jusqu'au fin de fond d'une sombre vallée de Caroline du Nord. Là survivent sous l'opprobre, un frère revenu du front, estropié, et sa soeur soupçonnée de sorcellerie par les gens du bourg, parce qu'elle porte une tache de vin. Ils ont à peine vingt ans. Un jour de solitude comme les autres, la jeune femme entend un air de flûte traversière... Soudain, la beauté, le mystère, l'amour entrent dans sa vie pour le meilleur et pour le pire. Ron Rash a le sens des images et une maîtrise narrative redoutable qui mêle à la fois, la poésie de la vie dans ce qu'elle a de plus beau, à la noirceur des âmes profondes comme un puits.

Ron Rash : Une terre d'ombre, traduit de l'américain par Isabelle Reinharez, Seuil, 2014, 252p, 20€.

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Le justicier d'Athènes, de Petros Markaris

justicier dathenesCharitos, le commissaire intègre de Petros Markaris, a tous les jours sous les yeux, le marasme grec : le chômage des jeunes, les retraites insuffisantes des aînés, la corruption, le laxisme et l'incapacité de l'Etat à y mettre bon ordre.
Il n'est pas le seul à la trouver mauvaise... Un justicier, civique si l'on peut dire, estime aussi que cela suffit. Il menace d'exécuter les citoyens fortunés réfractaires à leurs devoirs sur l'impôt. Il leur rappelle, seringue de cigüe à la main, que Socrate sur son lit de mort, mit un point d'honneur à payer sa dette à Asclépios. Les mauvais citoyens nantis, que la philosophie indiffèrent, passent donc de vie à trépas, et les autres payent dare-dare. Charitos aura tout de même quatre cadavres sur les bras et une énigme. Qui est ce percepteur anonyme?
Drôle, sous la gravité du propos, éthique, sous l'intrigue policière, cette comédie sociale de l'auteur de Liquidations à la grecque (Point Seuil) n'oublie pas que, déjà sous Aristophane, le rire aidait les Grecs à survivre aux dieux iniques.

Petros Markaris : Le justicier d'Athènes, traduit du grec par Michel Volkovitch, Seuil, 2014, 336p, 21€.

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