Le blog de la librairie Graffiti. Nos lectures, notices et critiques en littérature étrangère.

Littérature étrangère
Opération sweet tooth, de Ian McEwan

operation sweet toothUn roman intelligent et captivant, par un des meilleurs (à nos yeux) écrivains anglais, histoire d'amour, roman d'espionnage, et en même temps livre qui parle de littérature.
Back to the early seventies..., en ces années difficiles pour la Grande-Bretagne, marquées par les grandes grèves des mineurs, la crise de l'énergie (on avait un moment instauré la semaine de trois jours !), l'instabilité gouvernementale, l'intensité du conflit en Irlande du Nord, et... la guerre froide.
On a un peu oublié cela aujourd'hui, mais cette guerre froide était aussi une guerre des idées, avec l'objectif de séduire une intelligentsia qui penchait trop souvent à gauche, en lui apportant, sous couvert de fondations privées, des moyens d'existence provenant en réalité de fonds secrets. Sweet tooth, amateurs de sucreries, ou de douceurs, succombent...
C'est une histoire de ce type que nous raconte Ian McEwan, avec Serena, jeune intellectuelle fraîchement issue de l'Université du Sussex, recrutée par le MI5 (les services secrets), et chargée d'entrer en contact avec un un jeune et brillant auteur, Tom Haley, avec pour but de l'amener à défendre les valeurs du monde occidental. Les choses ne se passeront évidemment pas tout à fait comme prévu. C'était oublier la fascination pour la littérature, qui ne s'en laisse pas conter et reste libre, à l'image de ces textes écrits par Haley, et qui sont d'ailleurs une des clefs du roman. C'était aussi oublier le sentiment amoureux, qui supporte difficilement la trahison.
Extrêmement bien mené, ce roman, vaguement nostalgique pour ceux qui ont connu l'Angleterre de l'époque, est aussi un miroir où se reflète l'entrée en littérature du jeune McEwan. Un écrivain qui a fait du chemin d'ailleurs. Pour preuve la fin du livre, mise en abîme d'un récit qui impose un retour à la case départ. Ceux qui liront comprendront.

Ian McEwan : Opération sweet tooth, traduit (très bien) de l'anglais par France Camus-Pichon, Gallimard, 2014, 440p.

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Compartiment n°6, de Rosa Liksom

Un vrai roman d'hiver que ce texte de Rosa Liksom, jusqu'ici inconnue en France, puisqu'il nous emmène en Sibérie.

Une femme s'installe dans un wagon du très célèbre train qui la traverse de part en part, bientôt suivie par un homme au physique impressionnant. Sitôt assis, il se met à lui parler ; elle, écoute (elle ne prononcera qu'une phrase dans tout le roman). Les histoires que le russe raconte sont à son image : marquantes. Ce sont les récits de l'ex-URSS, alors encore en place : histoires familiales marquées par la dureté du quotidien, scènes de queue devant les magasins dans la rue,  épisodes tirés de la vie du narrateur lui-même... Tout cela est dur, voire tragique, mais raconté avec une maestria qui fait mouche ! La langue du russe, comme lui-même, est diablement vivante et, au final, fascinante.

De l'autre côté de la vitre, les paysages se succédent, eux aussi terribles et magnifiques ; c'est une lecture dont on sort ahuri...

 Liksom Rosa, Compartiment numéro 6, Gallimard, 2013, 19,50 euros.

 

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Le journal d'Edward, hamster nihiliste, de Miriam Elia

journal d'edwardDans la pure tradition des romans gothiques, Miriam et Ezra Elia ont imaginé un journal à quatre mains, celui retrouvé dans la cage abandonnée de leur hamster neurasthénique. Minuscule, dans la paille, se trouvait le journal intime de sa courte vie. Manger, dormir, faire de la roue, était la question. Cela suffit-il à composer une vie, à justifier la monotonie, la solitude, l’espérance ? On peut varier bien sûr, ce qu’il fait, et décider dans un geste de radicale liberté, de « ne pas faire de roue ». Mais jusqu’à quand ?

Hautement philosophique, merveilleusement dessiné en noir et blanc, ce petit livre en forme de méditation est à ranger de toute urgence, entre Desproges et Schopenhauer. Ne constatait-il pas lui aussi, que la vie est souffrance, et que si la solitude est le gage de la liberté elle l’est aussi de l’ennui ? Ennui trompé par les annotations existentielles, tragicomiques- très comiques- de ce rongeur morose, égotique, qui trompe son aspiration à une existence digne de ce nom, et au libre arbitre, par des occupations grégaires. Faut-il ajouter qu’Edward nous ressemble beaucoup ?

Mirial Elia : Le journal d'Edward, hamster nihiliste : 1990-1990, traduit de l'anglais par Rose labourie, Flammarion, 2013, 96p.

 
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