Le blog de la librairie Graffiti. Nos lectures, notices et critiques en littérature étrangère.

Littérature étrangère
Amours en marge

Une jeune femme se réveille un matin dans un étrange silence. Elle a soudainement perdu l’usage de ses oreilles. Elle n’est pas vraiment sourde car elle entend des sons étranges dans une sorte de distorsion des bruits. Ce qu’elle perçoit c’est un « bruit blanc ». le bruissement du passé.

Invitée par un magazine scientifique à décrire ses symptômes, elle est fascinée par les doigts du sténographe qui note ses paroles et fixe ses mots sur le papier. Ce jeune homme grâce à cette écriture faite de signes étranges va se montrer capable de recevoir les confidences de la jeune femme, de mettre de l’ordre dans la confusion des intuitions et des souvenirs. Il va permettre à la jeune femme de livrer ses souvenirs, de mettre un nom sur les bourdonnements bizarres, d’entrer dans les méandres de sa mémoire. Car c’est de cela qu’il s’agit : les souvenirs ne laissent que des impressions, des saveurs, des musiques, des parfums insaisissables.

Ce roman fascinant fait penser aux films d’André Delvaux. un bus qui ne va nulle part, un lieu qui n’existe pas, un espace qui n’a pas de sens sinon d’être lui-même, un air qui stagne et ne s’écoule pas, une mémoire qui, à cause d’une étrange distorsion, se trouve devant les héros plutôt qu’en retrait.

Yoko Ogawa
Amours en marge
Actes Sud

 
Les années douces

Les années douces (Sensei no kaban, prestigieux prix Tanizaki en 2000) raconte l’histoire matinée d’amour et d’amitié qui se noue entre Tuskiko, jeune femme trentenaire, et son ancien professeur de japonais, de 35 ans son aîné. Deux solitaires qui se retrouvent, s’approchent, passent du temps ensemble, cultivent les petits bonheurs de l’existence, les instants denses, participent d’un même goût pour le sake et les petits troquets du soir dans le cadre de rencontres épisodiques et toujours aléatoires. Ils finiront par apprendre l’attachement. Tsukiko et « le Maître » s’apprivoisent doucement malgré leur différence d’âge. L’intrigue tient, on le voit en peu de mots. Elle est joliment servie par une écriture sobre et limpide. Kawakami, écrivain très populaire au Japon, offre aux lecteurs un livre sensible, d’une grand modernité.

Paru ces jours-ci du même auteur (en grand format) : Cette lumière qui vient de la mer.
« A dix-sept ans, Midori aimerait bien se réconcilier avec sa vie et son entourage, au contraire de son meilleur ami, Hanada, qui se travestit en fille pour » rompre son osmose avec le monde « . Il est vrai qu’il a été élevé dans une famille un peu atypique, par une mère journaliste en free-lance et une grand-mère adepte de la règle qu’il faut dire toute la vérité aux enfants sans rien leur cacher. C’est elle qui, un jour, lui a appris que cet homme qui venait régulièrement à la maison était son propre père. Quand vient l’été, Midori décide de rejoindre ce père irresponsable mais plein de charme sur une lointaine île de l’archipel… Les romans de Kawakami Hiromi se savourent avec délectation tant ils débordent de gourmandise et d’un sensuel amour de la vie. Celui-ci, le second après Les années douces, possède la pétillante fraîcheur d’un bonbon à la menthe. Chacun de nous, qu’il ait son âge ou s’en souvienne, se reconnaîtra dans cet adolescent qui doute de sa capacité à rentrer dans la catégorie du » normal « , avant de s’apercevoir que c’est justement ce décalage, ce subtil désaccord avec le monde, qui fait sa valeur et sa saveur unique. » (source pour le résumé de Cette lumière…/decitre.fr)

Hiromi Kawakami
Les années douces
Picquier Poche

 
Le rapporteur et autres récits

Arrêté par la dictature uruguayenne à vingt-deux ans, Carlos Liscano va passer treize ans enfermé. Treize années de tortures et d’isolement absolu pendant lesquelles il va tenir un journal décalé, ironique, inouï. Pas une plainte ne s’élève de ces lignes qui évoquent Kafka, Borges, Beckett, tant la logique et les modalités de l’incarcération sont absurdes. D’autres nouvelles complètent ce livre qui toutes interrogent d’une manière ou d’une autre l’incongruité des rapports de force, du hasard qui vous désigne « bourreau » ou « victime ». Seule la force du langage permet à Liscano de déjouer la désespérance et la haine totalement absentes de ces pages qui mieux qu’un témoignage nous font comprendre ce que supposent enlèvement et privation de liberté dans la tête d’un homme.

Carlos Liscano
Le rapporteur et autres récits
10/18

 
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