Le blog de la librairie Graffiti. Nos lectures, notices et critiques en littérature française.

Littérature française
Désorientale, de Négard Djavadi

djavadi-desorientaleSaluée par les libraires, à peine remarquée par les critiques, le premier roman de cette Française d'origine iranienne- ancienne étudiant de l'Insas à Bruxelles- a le charme de la profusion. « L'Iranien n'aime pas le silence », dit-elle, et on la croit si on en juge par ce roman généreux qui accroche les récits historiques et intimistes au cul de l'histoire. Exilé à onze ans, avec ses parents résistants au Shah, la narratrice entraîne le lecteur, du harem de son aïeule à l'appartement familial.
Derrière des personnages hauts en couleurs, se tisse une réflexion sur la dépossession de son identité, de sa culture, de sa langue. Et sur la difficulté de refaire du lien en soi et autour de soi quand le lien premier à été rompu. Vue d'Iran, la culture française était nourricière, idéalisée, c'était celle du combat d'idées et de l'élégance, mais vue du pavé de Paris, elle ignorante, cocasse et exotique pour l'expatriée francophile...

Negard Djavadi : Désorientale, Liana Levi, 2016


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Sur les chemins noirs, de Sylvain Tesson

tesson-sur-les-chemins-noirsDéboîté, dévissé, tordu comme un chêne liège, Sylvain Tesson est sorti d'un accident, gravement handicapé. Noué et perclus. En guise de rééducation, il a choisit les chemins de traverse, les passages de muliers, les dédales des contrebandiers, les sentes des bergers.
Parti du Mercantour vers la lumière du Cotentin, le géographe retrouve, en même temps que lui-même, la France oubliée, broussailleuse, laissée en marge de l'aménagement du territoire. Là, les ronces, les baies, les hautes herbes résistent à la modernité dévastatrice pour l'esprit et le paysage. La plume magnifique de Sylvain Tesson est son bâton de pèlerin, par elle, il voit, comme un peintre, ce que sa mauvaise oreille et son odorat déficient réinventent en marchant, comme il se réinvente lui-même.

Sylvain Tesson : Sur les chemins noirs, Gallimard

 

 

 
Une âme plus si noire, Lettres de prison, d'Eric Lammers

lammers-une-ame-plus-si-noireIl a passé dix-sept années derrière les barreaux, dont quelques-unes en isolement total. Il est vrai qu'il fut un truand redouté, un criminel violent, figure du grand banditisme dans les années 1980, par ailleurs compagnon de l'extrême-droite. Rien pour plaire... La grande question est de savoir si, après un tel parcours, une rémission est possible. Lorsqu'on est censé avoir payé sa dette à la société, peut-on s'y réinsérer ? Et quel regard attendre des autres ?
Le chemin emprunté par Eric Lammers est singulier. En prison, il est devenu un lecteur boulimique. Et ce fou de lecture s'est en plus mis à l'écriture, dont il a voulu qu'elle devienne sa raison de vivre, et qui l'a transformé. Dans cet exercice d'écriture, il s'est fait accompagner par une visiteuse de prison, qui est aussi une de nos grandes romancières. Durant deux années, ils se sont parlé par lettres interposées, dans lesquelles Lammers, prolifique, s'est révélé drôle, intelligent, émouvant, talentueux.
Des lettres qu'elle a reçues, Caroline Lamarche a tiré ce livre Une âme plus si noire, titre où pointe une espérance.
La littérature peut-elle sauver ? Ce livre remarquable pourrait en témoigner.

Eric Lammers: Une âme plus si noire, lettres de prison, préface de Caroline Lamarche, Les impressions nouvelles, 252p., 2016


 

 
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