Le blog de la librairie Graffiti. Nos lectures, notices et critiques en Essais.

Essais
Tu n’as rien vu à Fukushima

Fukushima

A la vue de cette petite plaquette qui ressemble par le format et le prix à « Indignez-vous ! », le premier réflexe est de se dire que décidément l’opportunisme éditorial ne connaît pas de limite. Impression vite démentie tant de ce texte traduit d’une belle plume, avec justesse et pudeur, le mélange de malaise et de honte qui nous a saisi face à la catastrophe de Fukushima. L’impression d’étrangeté, la dignité des Japonais, notre colère impuissante à les aider, Daniel De Roulet les traduit sous forme de lettre à une amie nippone, en se souvenant que les Japonais n’aiment guère qu’on se mêle de leurs malheurs. Ecrivain suisse, militant anti-nucléaire de la première heure, Daniel De Roulet nous confirme, si besoin était, que lorsque les oracles scientifiques échouent à nous éclairer, les poètes et les mythes traduisent eux parfaitement la démesure.

Daniel De Roulet : Tu n’as rien vu à Fukushima
Buchet Chastel, 2011, 2€

 
Le village métamorphosé

DibieChichery en Bourgogne, le village dont il est question dans cet ouvrage, c’est aussi, mutatis mutandis, les environs de Waterloo ou Braine-l’Alleud en Brabant : d’anciens espaces ruraux, situés en bordure de ville, et qui connaissent selon l’auteur une des plus grandes mutations de leur histoire millénaire , qu’on désigne sous un vocable très clair, la « rurbanisation ». C’est l’irruption de la ville à la campagne, la désocialisation au profit de l’habitat individuel et autocentré, la dilution de l’espace par le règne de la voiture. Et finalement la « déculturation » de populations entières sans que les valeurs évanouies trouvent un substitut, sinon peut-être la consommation, maîtresse de nos têtes.

Pascal Dibie est anthropologue. Il avait déjà consacré un ouvrage à son village en 1979. Son entreprise est passionnante. Il rend visite à ses concitoyens et les fait parler d’eux-mêmes. En même temps, s’interrogeant sur son propre parcours et faisant référence à ses maîtres en formation, il trouve une forme de récit qui s’insère admirablement dans la très belle collection « Terre Humaine ».

Il ne serait pas inutile que les candidats aux élections locales, comme les communales par exemple, lisent cet ouvrage. Très instructif.

Pascal Dibie
Le village métamorphosé Editions Plon, collection Terre Humaine

 
Si rien avait une forme, ce serait cela

Si rien avait une forme, ce serait celaDans la phrase de Victor Hugo, « si rien avait une forme, ce serait cela » face à l’immensité d’un ciel, réel et pourtant diffus, aux contours fuyants, Annie Le Brun trouve l’exacte impression de ce qu’elle ressent devant la vanité diffuse de l’art actuel. Cette grande spécialiste de Sade, d’Hölderlin et de Bataille, sait ce que la transgression suppose de courage, de liberté, de révolte, d’idéal. Qu’en reste-t-il dans cette surenchère permanente de l’obscène, du choquant, du toujours plus ?
De la révolte, Annie Le Brun en a à revendre dans cet essai brillantissime, difficile, somptueusement écrit qui interroge avec force notre époque à la lumière de ce qu’elle produit. La technique, le concept, la mode, le consensuel l’ont emportés sur la nécessité, l’éblouissement, le surgissement premier, véritablement créateur et sensible. Et il y a de quoi s’en inquiéter.

Annie Lebrun : Si rien avait une forme, ce serait cela, Gallimard, 2010

 
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