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Lundi, 06 Juin 2011 00:00 |
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Et si le Japon avait été essentiel au développement de l’Europe, par un effet de miroir, de réciprocité ? Parlant du Japon aux Japonais dans ce cycle de conférences, l’ethnologue dit son admiration pour cette haute culture. Il voit dans la cuisine, la musique, et jusque dans le mouvement inversé du menuisier qui ramène le rabot vers lui- au contraire de chez nous- une démarche philosophique à rebours de la nôtre et si parlante. Alors que depuis Descartes et son « Je pense donc je suis », nous envisageons le monde à partir de nous-même, l’extrême-oriental met l’individu et la personne en bout de course, relié à l’Univers. Le Japon a su garder un dialogue fécond entre l’archaïque et la modernité,  la nature sauvage et ses forces invisibles à côté de la technologie de pointe. Cet art de la juxtaposition des contraires, éveille chez Lévi-Strauss des réflexions prodigieuses d’intelligence qui éclaire avec un enthousiasme communicatif, ce Japon parfois si étrange pour nous.
L’autre face de la lune, écrits sur le Japon, Claude Levi-Strauss (Seuil- la librairie du XXIème siècle)
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Vendredi, 27 Mai 2011 21:26 |
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Se souvenir de l’usage que font de la nature les sociétés dites « primitives » peut être une manière féconde d’aborder les défis de nos mégapoles. Pour paradoxale, le propos de l’anthropologue est saisissant de pertinence et vient combler l’oubli de la finalité première de toute société. A savoir, le vivre ensemble, la cohésion sociale, la place de l’individu dans le groupe, son rôle et le rapport indispensable entre nature et culture. Ces trois conférences passionnantes pour qui veut aborder Lévi-Strauss, données au Japon, sont à la fois d’une grande lisibilité, d’une grande pertinence et un plaisir de lecture tant l’homme était curieux de tout et gourmand de vie.
L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne, trois conférences inédites de Claude Lévi-Strauss. Seuil ( la librairie du XXIème siècle)
Professeur au Collège de France, Claude Lévi-Strauss est né à Bruxelles le 28 novembre 1908 et mort à Paris le 30 octobre 2009.
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Vendredi, 27 Mai 2011 21:11 |
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A la vue de cette petite plaquette qui ressemble par le format et le prix à « Indignez-vous ! », le premier réflexe est de se dire que décidément l’opportunisme éditorial ne connaît pas de limite. Impression vite démentie tant de ce texte traduit d’une belle plume, avec justesse et pudeur, le mélange de malaise et de honte qui nous a saisi face à la catastrophe de Fukushima. L’impression d’étrangeté, la dignité des Japonais, notre colère impuissante à les aider, Daniel De Roulet les traduit sous forme de lettre à une amie nippone, en se souvenant que les Japonais n’aiment guère qu’on se mêle de leurs malheurs. Ecrivain suisse, militant anti-nucléaire de la première heure, Daniel De Roulet nous confirme, si besoin était, que lorsque les oracles scientifiques échouent à nous éclairer, les poètes et les mythes traduisent eux parfaitement la démesure.
Daniel De Roulet : Tu n’as rien vu à Fukushima Buchet Chastel, 2011, 2€
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Dimanche, 01 Mai 2011 00:00 |
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Chichery en Bourgogne, le village dont il est question dans cet ouvrage, c’est aussi, mutatis mutandis, les environs de Waterloo ou Braine-l’Alleud en Brabant : d’anciens espaces ruraux, situés en bordure de ville, et qui connaissent selon l’auteur une des plus grandes mutations de leur histoire millénaire , qu’on désigne sous un vocable très clair, la « rurbanisation ». C’est l’irruption de la ville à la campagne, la désocialisation au profit de l’habitat individuel et autocentré, la dilution de l’espace par le règne de la voiture. Et finalement la « déculturation » de populations entières sans que les valeurs évanouies trouvent un substitut, sinon peut-être la consommation, maîtresse de nos têtes.
Pascal Dibie est anthropologue. Il avait déjà consacré un ouvrage à son village en 1979. Son entreprise est passionnante. Il rend visite à ses concitoyens et les fait parler d’eux-mêmes. En même temps, s’interrogeant sur son propre parcours et faisant référence à ses maîtres en formation, il trouve une forme de récit qui s’insère admirablement dans la très belle collection « Terre Humaine ».
Il ne serait pas inutile que les candidats aux élections locales, comme les communales par exemple, lisent cet ouvrage. Très instructif.
Pascal Dibie Le village métamorphosé Editions Plon, collection Terre Humaine
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Jeudi, 01 Avril 2010 16:03 |
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Dans la phrase de Victor Hugo, « si rien avait une forme, ce serait cela » face à l’immensité d’un ciel, réel et pourtant diffus, aux contours fuyants, Annie Le Brun trouve l’exacte impression de ce qu’elle ressent devant la vanité diffuse de l’art actuel. Cette grande spécialiste de Sade, d’Hölderlin et de Bataille, sait ce que la transgression suppose de courage, de liberté, de révolte, d’idéal. Qu’en reste-t-il dans cette surenchère permanente de l’obscène, du choquant, du toujours plus ? De la révolte, Annie Le Brun en a à revendre dans cet essai brillantissime, difficile, somptueusement écrit qui interroge avec force notre époque à la lumière de ce qu’elle produit. La technique, le concept, la mode, le consensuel l’ont emportés sur la nécessité, l’éblouissement, le surgissement premier, véritablement créateur et sensible. Et il y a de quoi s’en inquiéter.
Annie Lebrun : Si rien avait une forme, ce serait cela, Gallimard, 2010
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